Premier parcours - Cité Universitaire et Parc Montsouris

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Pour cette première promenade, si nous allons emprunter l'axe du méridien qui traverse la Cité Universitaire entre la Maison du Cambodge et la Maison des étudiants Canadiens, et se poursuit à travers le parc Montsouris, j'ai jugé qu'il fallait aussi perdre un peu le nord et aussi profiter de ces deux parcs très agréables. Après avoir fait de larges boucles dans la Cité Universitaire et le parc Montsouris, nous longerons la rue Nanséty où s’alignent les belles maisons du square de Montsouris et de la rue Georges Braque, pour revenir à notre point de départ.

 

Cité Universitaire

L’initiative de la Cité Universitaire revient à un industriel : Emile Deutsch de la Meurthe, alors à la tête de la société des pétroles Jupiter qui devint plus tard la Shell-France. Sa rencontre en 1920 avec Paul Appell, mathématicien et recteur de l’Université de Paris, le convainquit d’agir en faveur de la jeunesse durement éprouvée par la première guerre mondiale. Les premiers bâtiments destinés à 350 étudiants français furent inaugurés en 1925. La vision résolument pacifiste de l’initiative fut poursuivie avec la création de nouveaux pavillons financés par des fondations étrangères. 

Avec ses bâtiments d’une architecture remarquable et son immense parc, la Cité Universitaire nous projette de suite à l’étranger tant la première impression est de nous trouver sur un campus anglo-saxon.
La réalisation des pavillons fut souvent confiée à de grands architectes et celle du parc de 34 hectares à Forestier, nom prédestiné pour ce célèbre paysagiste du début du XXème siècle, connu notamment pour sa restauration du Parc de Bagatelle.

Ce parc riche de beaux arbres donne à rêver à ce qu’aurait pu être une longue ceinture verte qui aurait longé, voire recouvert le gris périphérique créé sur l’emplacement de la zone des fortifications de 1840.

Zone de fortifications
Atget - 1913
Musée Carnavalet

Quand mon arrière grand-mère me parlait des fortifs et de la zone, j’avais beaucoup de mal à m’imaginer ce que pouvait représenter ce dispositif bastionné décidé par Thiers.
Renforcée de 95 bastions militaires, large d’environ 400 mètres, cette longue muraille longeait les actuels boulevards des Maréchaux.
Ce dispositif de défense était composé d’un talus renforcé d’une escarpe qui se prolongeait ensuite par un fossé et une contrescarpe pour se terminer vers l’extérieur de Paris par une large zone où toute construction était interdite.
Cette zone, très photographiée par Atget, se couvrit de  cabanes, de roulottes et de logements précaires.  
Les fortifications furent progressivement démolies entre 1919 et 1929 et le terrain devenu vacant fut loti. C’est ainsi que des immeubles de type HLM et des stades furent bâtis puis encerclés par le périphérique aménagé de 1958 à 1973 marquant ainsi une frontière nette et souvent glauque entre Paris et sa banlieue.

Maison du Sud-est Asiatique

La Cité Universitaire qui a constamment évolué jusqu’à nos jours, accueille aujourd’hui environ 12 000 étudiants et chercheurs de cent quarante nationalités différentes, dans une quarantaine de maisons à l’architecture bien différenciée.

La promenade dans le parc ouvert au public combine ainsi un petit tour du Monde en quatre vingt minutes avec la visite d’une exposition d’architecture à ciel ouvert.  

Nous commencons notre promenade au n° 61 du boulevard Jourdan:  

Voici tout d’abord le Collège Néerlandais aux formes modernes, rigoureuses et épurées, créé en 1938 par l’architecte Dudok. Ma pensée se tourne évidemment vers mes amis de la charmante ville de Hilversum où résida Dudok et qui y réalisa l’hôtel de Ville. 

En face, la Maison des étudiants de l’Asie du Sud Est, inaugurée en 1930, est clairement d’inspiration indochinoise.

Le tour du monde se poursuit par un bâtiment de style colonial espagnol, au nom de ses fondateurs Abreu de Grancher, ouverte en 1933 pour les étudiants cubains.

  • Collège Néerlandais

  • Fondation Rosa Abreu de Grancher

Remarquablement bien tenue, la Cité Internationale non seulement entretient son patrimoine en modernisant les anciens bâtiments mais poursuit de nouvelles constructions afin de répondre à la demande toujours croissante de logements pour étudiants. Ainsi on peut voir du périphérique la nouvelle maison de la Tunisie dont la façade est recouverte d’immenses lettres d’aluminium.

Sortons avenue Jourdan pour rejoindre l’autre section plus vaste de la  Cité. Nous traversons l’avenue David-Weill, où subsistent quelques éléments des fortifications du bastion photographié par Atget en 1899.

Les maisons de la fondation Emile Deutsch de la Meurthe édifiées à l’emplacement de l’enceinte ont incontestablement une allure de collège anglais.  

  • Porte d’Arcueil
    Zone des fortifications
    Blvd Jourdan
    Atget – 1899
    (Musée Carnavalet)

  • Porte d’Arcueil
    Avenue David-Weill vue du blvd Jourdan

Maisons fondation Emile Deutsch de la Meurthe Cité Universitaire
le long de l’avenue David-Weill

 

Entrons dans la Cité Universitaire au niveau du n°37 du boulevard Jourdan.

Une douce et charmante atmosphère se dégage des six pavillons de la fondation Emile Deutsch de la Meurthe dont les noms rappellent des scientifiques français : Poincaré, Appell, Pierre et Marie Curie, Pasteur, …

 

 

 

Le dépaysement est total, on est de suite transporté de l’autre côté de la Manche !

La longue allée bordée d’arbres nous conduit ensuite à l’imposante Maison Internationale s’ouvrant sur une vaste pelouse. Au cœur de la Cité, cette mini réplique du château de Fontainebleau fut financée par John Rockefeller Jr. Elle abrite une vaste bibliothèque offrant plus de cinquante mille ouvrages, ainsi que des bases de données informatiques. Je me prends à rêver d’une seconde vie où je serais étudiante à la Cité…

 

 

Après avoir longé la longue façade de la Maison Internationale, nous arrivons à l’arrière de la Maison du Mexique reconnaissable à sa fresque d’inspiration Maya.

 

 

 

Puis le Collège franco-britannique, de brique rouge, aligne une succession de toits pointus adoucie par la rondeur des bow-windows.

 

 

 

Un peu plus loin se dessinent les lignes modernes de la Fondation Suisse, première résidence collective réalisée par Le Corbusier et de Pierre Jeanneret au début des années 1930.

 

 

Contournons maintenant le stade pour nous diriger vers le boulevard périphérique et rejoindre un secteur où se trouvent de nouvelles réalisations telles que la très réussie maison de l’île de France. Premier  bâtiment d’habitation collective à énergie positive de source 100% solaire et de récupération réalisé en France, c’est une réussite aussi bien sur le plan technologique qu’esthétique.

 

 

Arrivée au niveau de la Maison du Cambodge, je me suis mise fébrilement à la recherche du médaillon Arago, que j’ai trouvé juste dans l’axe du singe de granit accroupi à gauche de l’entrée du pavillon.

Repartant dans l’axe indiqué par le médaillon, nous longeons la grande pelouse puis l’aile de la Maison Internationale pour arriver à l'arrière de la Maison des Etudiants Canadiens où se trouve le second médaillon Arago. 

Nous quittons la Cité Universitaire par le boulevard Jourdan où se situe un autre médaillon juste devant la Maison du Canada. Mais là, il s’agit de la Méridienne Verte, autre projet réalisé en 2000. Verte car le tracé du Méridien, de Dunkerque aux Pyrénées est matérialisé par des arbres.

Parc Montsouris

Traversons le boulevard Jourdan pour entrer dans le parc Montsouris.  Juste derrière les grilles, on peut apercevoir la mire Sud placée initialement en 1806 dans les jardins de l'Observatoire, sur la ligne du Méridien.

Créé également par Alphand, le « jardinier d’Haussmann », sur l’emplacement d’anciennes carrières, le parc Montsouris est un peu le pendant au sud du parc des Buttes-Chaumont, mais en beaucoup moins grandiose et en moins escarpé. Quand j’habitais rue de Tolbiac, j’allais y courir le dimanche matin, faisant plusieurs fois le tour du lac avant de revenir par la rue Bobillot.

En entrant dans le parc, nous suivons à droite l’allée de la Tunisie, dont le nom rappelle la présence de la copie du palais Bardo, autrefois lieu de résidence des Beys de Tunis. Après avoir été un point d’attraction de l’exposition universelle de 1867, il fut démonté et rebâti sur la haute pelouse du parc. L’édifice mauresque se dégrada au fil des années et finalement partit en fumée dans un incendie en 1991.

Après être passés au dessus de la voie ferrée, autrefois ligne de Sceaux aujourd’hui RER B, nous prenons l’allée sur notre gauche qui sinue le long d’une vaste pelouse pentue en direction du lac. On raconte que le lac se serait vidé le jour de l’inauguration, au grand désespoir de l’ingénieur qui aurait mis fin à ces jours.  
Vrai ou faux, le parc et ses environs ne manquent pas de légendes par ailleurs …
Celle qui remonte au temps de Charlemagne dit qu'un terrible Sarrasin, le géant Ysoré, fut tué en combat singulier par Guillaume d’Orange, dit Guillaume au Court Nez et fut enterré non loin d’ici. La rue de la Tombe Issoire (pour Tombe Ysoré) garde ainsi le souvenir de sa sépulture.
Ysoré, Ysori, Mont Ysori … voici comment la petite Montagne Ysori, sans avoir accouché d’une souris, aurait par la déformation de son nom Mont Ysori, donné naissance à Montsouris …
D'autres racontent que le nom viendrait d’un moulin établi le long de la Bièvre au joli nom de Moque Souris …  Rivière qui dit-on pullulait de rongeurs …

Le parc, petit frère des Buttes Chaumont, a donc lui aussi un lac, de petites grottes, de faux rochers, une  (toute petite cascade), des rambardes en ciment imitant le bois …

  • Parc Montsouris
    Atget – 1913/1914
    (Musée Carnavalet)

Square de Montsouris - Rue Georges Braque

Continuons de longer le lac puis prenons l’allée sur notre gauche en direction de la Colonne de la Paix Armée.

Prenons la sortie à l’angle de l’avenue Reille et de la rue Nansouty.

Si les Buttes Chaumont possèdent un quartier très bucolique avec la Mouzaïa, le quartier Montsouris a aussi sa petite enclave de charme avec le square de Montsouris, au n°8, rue Nansouty et la rue Georges  Braque où le peintre avait son atelier.  Je n’ai rien à ajouter à la description que Léo Malet en fit dans son polar les Rats de Montsouris :
« Bâtisses modernes à vastes baies vitrées ou pavillons plus discrets enfouis sous la verdure, dépassant rarement un étage, douces, calmes et agréables  habitations où logent des artistes ou simplement des gens qui ont du pognon. »

Au bout de la rue Nansouty, nous rejoignons notre point de départ boulevard Jourdan.

Deuxième parcours - de l'Observatoire à l'Eglise Saint-Sulpice 

Tous droits réservés - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes (2021)