Paris médiéval - Ile de la Cité

Pour les deux promenades du Paris Médiéval, soit rive droite, soit rive gauche, je suggère de commencer par le plus beau monument médiéval de Paris :   Notre-Dame.
Puis du parvis, nous prendrons la rue du Cloître-Notre-Dame qui longe la cathédrale sur sa gauche. Nous pourrons y contempler les gargouilles et les porches latéraux, ainsi qu'une vieille maison de chanoines.
Nous prendrons à gauche le quai aux Fleurs, puis la rue des Ursins où nous nous arrêterons à l'angle de la rue des Chantres.

- Si nous choisissons la promenade rive droite, nous repartons en direction de l’île Saint-Louis d’où nous rejoindrons le Marais par le pont Louis-Philippe.

- Si nous choisissons la promenade rive gauche, nous continuerons par le Quai aux Fleurs, traverserons le Marché aux Fleurs et arriverons devant la Sainte-Chapelle, ce pur joyau de l’art gothique que Saint-Louis commanda à Pierre de Montreuil pour abriter un fragment de la croix du Christ et la couronne d’épines.
Puis nous contournons la Tour de l’Horloge. Installée en 1371, elle est la plus vieille horloge publique de Paris. Au sommet de la tour, l’ancienne cloche fondue à la Révolution annonça avec celles de Saint-Germain l’Auxerrois le début de la Saint-Barthélemy.
Quai de l’Horloge, nous longeons la Conciergerie qui dresse ses trois tours rondes : la tour César, la Tour d’Argent et la tour Bonbec dont le nom rappelle qu’on y torturait pour faire parler les prisonniers. Nous atteignons le bout de l’île et nous empruntons le Pont-Neuf.

Sur les pas d’Atget, nous nous arrêterons en particulier : 

  • Notre-Dame
  • Rue du Cloître-Notre-Dame
  • Quai aux Fleurs et rue des Ursins
  • Rue des Chantres

Notre-Dame

Notre-Dame
Atget - 1907
(Mission du Patrimoine Photographique)

 Notre-Dame :

 « Sans doute, c’est encore aujourd’hui un majestueux et sublime édifice que l’église de Notre-Dame de Paris. Mais si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant les dégradations, les mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui en avait posé la première pierre, pour Philippe-Auguste, qui en avait posé la dernière. »

Notre-Dame de Paris – Victor Hugo (1831).

Son roman suscita un large mouvement d’intérêt pour la cathédrale alors en fort mauvais état et contribua ainsi en grande partie à son sauvetage et à sa restauration entreprise en 1844 par Viollet-le-Duc, génial architecte de trente ans.
C’est au cours du XVIIIème siècle que la cathédrale fut successivement transformée avec notamment le remplacement du maître-autel médiéval par celui commandé par Louis XIV,  grandiose mais mal adapté à la construction du XIIème siècle, la destruction des vitraux du XIIIème siècle remplacés par des verres incolores en 1752 et l’agrandissement du portail central par Soufflot en 1771.
Ce sont ces transformations architecturales contre lesquelles s’insurge le poète.
A la veille de la Révolution, déjà fortement endommagées par la dégradation du temps, beaucoup de ses sculptures extérieures, prêtes à s’écrouler avaient déjà été enlevées. La Révolution achèvera son anéantissement. Les révolutionnaires s’en prirent particulièrement à la Galerie des Rois de Judas, les 28 ancêtres du Christ mentionnés par Saint-Mathieu, car le peuple croyait y reconnaître la série des rois de France, le premier avec Philippe-Auguste. En 1977, au hasard de travaux dans la cour de l’hôtel particulier Moreau au 20, rue de la Chaussée d’Antin, 400 fragments sculptés de la galerie des rois, notamment les têtes des statues furent miraculeusement redécouvertes.
On peut les admirer de nos jours au Musée Cluny. Les statues que nous voyons aujourd’hui sur la façade de Notre-Dame de Paris, comme cette grande statue de la Vierge furent redessinées par Viollet-le-Duc qui s’inspira de celles des autres cathédrales, notamment de Reims et d’Amiens.

Les portes, ainsi que celles du portail de la Vierge, sont couvertes de pentures qui ont fait l’admiration de tous depuis toujours. La perfection de ces ferrures est telle que l’imagerie populaire  voulut y voir  l’intervention du diable, qui d’après la légende aurait secondé le serrurier médiéval Biscornette. C’est l’artiste ferronnier Boulanger, dirigé par Viollet-le-Duc, qui réussit à garnir la porte centrale, transformée par Soufflot en 1771,  de pentures à peu près semblables.

  • Notre-Dame de Paris - Pentures
    Atget - 1908

Rue du Cloître-Notre-Dame :

Maisons
Rue du cloître-Notre-Dame.
Atget - 1924
(Musée Carnavalet)

Du parvis de la cathédrale, rejoignons la rue du Cloître-Notre-Dame qui longe la façade nord de l’église.
Admirons le Portail du Cloître, construit par Jean de Chelles vers 1250, dont le trumeau supporte une fine statue de la Vierge, rare vestige subsistant de la destruction de l’ancienne statuaire du XIIIème siècle. Cependant, l’enfant qu’elle portait dans les bras a été brisé.
Un peu plus loin, la petite Porte Rouge est surmontée d’un délicat tympan réalisé par Pierre de Montreuil (architecte de génie à qui l’on doit la Sainte-Chapelle) qui représente Saint-Louis et sa femme Marguerite de Provence aux côtés de Jésus et de la Vierge. Cette porte, réservée aux chanoines, servait de communication entre le chœur de la cathédrale et le cloître habité par les chanoines.
La rue où nous sommes est située sur l’ancien enclos canonial qui formait à l’époque une véritable petite cité de maisons et de jardins fermée par un mur d’enceinte. Les chanoines de la cathédrale y résidaient et y tenaient une fameuse école qui formait prêtres et moines. Des maîtres célèbres tels que Maurice de Sully et Abélard y enseignèrent. Leur enseignement portait sur les sept sciences alors connues : grammaire, rhétorique et dialectique, arithmétique, géométrie, astrologie et musique. L’école périclita avec le départ d’Abélard et ferma en 1200 lorsque Philippe Auguste créa l’Université.

Au 18 de la rue, au milieu des commerces de souvenirs, on peut encore voir une  ancienne maison de chanoines, seule rescapée des chantiers d’Haussmann. 

Quai aux Fleurs et rue des Ursins

Rue des Chantres
Atget - 1923
(Musée Carnavalet)

Lorsque l’on a en tête le cliché pris par Atget, qui présente à l’angle de la rue des Chantres et de la rue des Ursins  une maison biscornue somme toute banale, on peut penser que l’on se trompe d’adresse en  voyant aujourd’hui à sa place une maison à l’allure tout à fait médiévale. Et pour cause, puisque cette maison est en fait composée d’éléments architecturaux anciens de diverses origines que l’architecte Fernand Pouillon utilisa en 1958 pour réaliser ce pastiche de maison médiévale …

 

  • Quai aux Fleurs et rue des Ursins
    1902 Atget -
    (Mission du Patrimoine Photographique)

Rue des Chantres

Gros plan sur la flèche

Habitée autrefois par les chantres de Notre-Dame, cette rue nous rappelle qu’ici vivaient les chanoines, tel le célèbre chanoine Fulbert, l’oncle sévère d’Héloïse, chez qui logea vers 1115 Pierre Abélard, maître de rhétorique et de dialectique  à l’école du Cloître-Notre-Dame. Un amour passionné unit très vite Abélard et Héloïse qui durent s’enfuir en Bretagne où naquit leur fils Astrolabe. Revenu à Paris, Abélard ouvrit une école de philosophie sur la Montagne Sainte-Geneviève. Mais animé d’une vilaine rancœur, le vieux Fulbert, aidé de complices, vengea l’honneur de sa nièce en châtrant le pauvre Abélard.A dater de ce moment, les amants prononcèrent chacun leurs vœux en 1119, et entre eux commença une longue correspondance en latin.
A la mort d’Abélard en 1142, Héloïse fit enterrer son corps à l’abbaye du Paraclet qu’Abélard avait fondé en Champagne près de Nogent-sur-Seine et dont elle était devenue la première abbesse. Elle fut enterrée avec Abélard jusqu’en 1630 lorsqu’une prude abbesse s’avisa de séparer leurs ossements.
Au XIXème siècle, des âmes plus charitables veillèrent à les réunir de nouveau et leurs cendres reposent aujourd’hui au Père Lachaise, dans un monument qui est la copie de celui du Paraclet. Symboles de l’amour absolu, ils furent parmi les premiers inhumés dans ce cimetière. En fait, ce fut un coup de pub imaginé par le préfet Frochot avec l’aide d’Alexandre Lenoir pour susciter l’intérêt des Parisiens qui boudaient alors ce nouveau cimetière hors des murs du Paris de l’époque !
De cette rue qui n’a guère changé, avec un bon objectif, on peut bénéficier d’une intéressante perspective sur la flèche Notre-Dame reconstruite par Viollet-le-Duc. Toute l’ingéniosité de M. Georges, un Maître charpentier sachant perpétuer la tradition des bâtisseurs de cathédrales, a été requise pour refaire complètement la charpente de la toiture suffisamment solide pour supporter le poids colossal de la flèche. Au centre, on discerne la statue de Viollet-le-Duc, représenté sous les traits du patron des architectes, Saint-Thomas, tourné vers la flèche, contemplant  son œuvre et faisant le salut du compagnonnage.

Puis, le lundi 15 avril 2019, nous avons assisté au terrible incendie qui a endommagé en grande partie la cathédrale, emportant la toiture et la charpente faite de poutres en bois de châtaignier ajustées les unes aux autres sans rivets ni chevilles, et surnommée pour cette raison la forêt. Puis, dans un sinistre basculement, la flèche en feu tomba aux environs de 20 heures. Je regarde désormais la photo de la statue de Viollet le Duc avec un serrement du coeur et son salut me semble maintenant signifier un geste de terrible adieu.

Poursuivons maintenant la promenade soit rive droite soit rive gauche ...

 

  • Paris médiéval rive droite

  • Paris médiéval rive gauche

A lire ou à relire -

11. Mai, 2016

Notre-Dame de Paris de Victor Hugo notamment pour ses descriptions de Paris au Moyen Age

Tous droits réservés - Année 2016 - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes