Autour des Buttes Chaumont

.

.

La visite du parc Montsouris lors de la première promenade sur l’ancien  tracé du Méridien de Paris m’a donné l’envie d’une autre promenade  du côté de son grand frère, le parc des Buttes Chaumont.
La majeure partie de cette balade fait une entorse à mes principes de suivre les pas d’Atget en filigrane. En effet, je n’ai retrouvé aucune photo prise par lui dans le quartier autour des Buttes Chaumont. A vrai dire, cela n’est pas très étonnant : le quartier est très excentré, certainement très mal desservi à son époque alors qu’il vivait dans le sud de Paris et qu’il était toujours très chargé d’un lourd matériel photographique. S’il a photographié le 19ème arrondissement, c’est essentiellement quelques regards, ces petites constructions de pierre destinées à surveiller les eaux de source, que nous avons l’occasion de voir dans la promenade de Belleville. Ses pas l’ont plutôt mené vers la périphérie et vers le canal de l’Ourcq.
Pour ne pas complètement déroger à mes principes, je terminerai donc la promenade par la rotonde de la Villette.

Le parc des Buttes Chaumont est vaste et mérite à lui seul toute une promenade. Pour autant j’ai plutôt choisi de le traverser en venant du quartier de la Mouzaïa où il est agréable de se perdre à travers ses ruelles piétonnes bordées de maisons et de petits jardins. Avant de rejoindre le canal Saint-Martin, il me fallait évidemment passer par l’insolite Butte Bergeyre qui offre une des plus belles vues sur Montmartre.

QUARTIER DE LA MOUZAÏA

J’ai choisi d’arriver au cœur du quartier de la Mouzaïa par la station de métro Danube qui débouche sur la place de Rhin et Danube.

Dès l’arrivée sur la place, autour de laquelle rayonnent d’étroites rues piétonnes bordées de charmantes petites maisons, le dépaysement est assuré.  Ces habitations furent toutes bâties sur d’anciennes carrières de gypse et furent occupées à partir de la fin du 19ème siècle par une population essentiellement ouvrière.

Plutôt que de bâtir une promenade spécifique dans ce labyrinthe fleuri, je vous propose de déambuler au hasard dans ces rues piétonnes, appelées ici Villas,  et de découvrir ces maisons entourées de jardinets. Je vous donne néanmoins pour information le tracé que j’ai personnellement suivi.

 

De la place de Rhin et Danube, qui nous projette dans un autre temps et dans un autre espace en province, j’ai rejoint la rue de la Fraternité qui donne évidemment dans la rue de l’Egalité.

 

 

Puis, en face, la Villa du Progrès qui mène à la rue de la Mouzaïa où s’aligne toute une série de villas.

Villa des Lilas, les maisons sont identiques mais chaque jardin offre un aspect différent.

 

 

Rue de Bellevue, je suis revenue par la Villa Sadi Carnot, où si l’on ne voit pas grand monde, on peut quand même rencontrer quelques chats se prélassant au calme.

Arrivée, cette fois rue de la Liberté, complétant ainsi le credo des valeurs républicaines mises à l’honneur dans ce petit quartier, j’ai pris la Villa Amalia, une des plus jolies qu’il serait dommage de manquer.

 

 

Arrivée rue du Général Brunet, je me suis engagée dans la Villa de Cronstadt. Puis, rue Miguel Hidalgo, je suis revenue par la villa des Boers  pour retrouver la rue du Général Brunet et rejoindre les Buttes Chaumont.

Au début de ma promenade, j’avais fait une halte sur la terrasse de ce sympatique café, et vaguement prêté attention à ce curieux panneau  tordu et placé de guingois indiquant vers le ciel un chemin de traverse piétonnier.

Un article récent publié en octobre par Le Monde a alors attiré mon attention ; ce panneau était en réalité un canular en carton placé par un amateur de Harry Potter faisant référence à la Diagon Alley, traduit en français par le Chemin de Traverse. Le plus drôle dans l’histoire est son remplacement par la Municipalité de Paris par un vrai panneau suite à la réclamation du patron du Café inquiet de son aspect dégradé au dessus de sa terrasse … et dirigé cette fois vers un vrai chemin piétionner en direction de la rue Francis Ponge, poète surréaliste, ça ne s’invente pas… Et il y a de mauvaises langues pour dire que la Municipalité de Paris ne fait pas sérieusement son travail ?

BUTTES CHAUMONT

Je ne résiste pas à vous proposer cet extrait du film « On connait la chanson » qui explique fort bien l’origine du nom du parc des Buttes Chaumont créé à la demande de Napoléon III.

De ce mont désolé servant de dépotoir et inconstructible du fait des galeries de carrière de gypse, le génie de l’ingénieur Alphand aidé du jardinier au nom prédestiné de Barillet-Deschamps a donné naissance à cet immense et superbe parc.
Au lieu d’aplanir les buttes, Alphand a su tirer parti du terrain escarpé pour en créer des vallons verdoyants et des falaises; les anciennes galeries ont été aménagées pour amener l’eau du lac vers les hauteurs et alimenter les cascades et ruisseaux artificiels.
Pour autant, le travail fut considérable pour recouvrir cette lande inculte de 25 ha de terre arable, planter les arbres, créer un lac de 2 ha avec sa mécanique hydraulique, tout cela en trois ans de 1864 à 1867.

 

 

 

J’ai eu le plaisir de m’y promener début juin, peu de temps avant la fermeture de certains lieux, comme le belvédère, surmonté du charmant Temple de la Sybille d’où on a une vue superbe sur Paris et sur Montmartre. Je ressens donc un peu d’effroi à postériori en réalisant la fragilité du site menacé d’effondrement sous l’action du travail du temps.

 

J’ai retrouvé une photo de mon grand-père, arborant un canotier sur le côté façon Maurice Chevalier, prise aux Buttes-Chaumont à la fin des années 20. Il est à gauche sur la passerelle suspendue dessinée par Gustave Eiffel. On reconnait au loin sur la droite le Belvédère.

 

 

Le pont dit des Suicidés est l’autre petit pont de pierre qui relie l’île avec le reste du parc. Court d’une arche mais haut de 27 mètres, il tint le macabre record de suicides avant d’être remplacé par celui de la Tour Eiffel.

Le long de l’allée de la Cascade, les terrasses très branchées de Rosa Bonheur sont toujours envahies.  Mais quel meilleur endroit bucolique à Paris pour siroter un petit verre de rosé en fin de journée et admirer le coucher du soleil ?

Suivons l’allée de la Cascade, puis l’allée des Marnes et sortons avenue Mathurin Moreau pour rejoindre la butte Bergeyre par l’escalier de la rue Georges Lardennois. Si vous preniez une autre sortie des Buttes Chaumont, la Butte Bergeyre est également accessible en empruntant les escaliers de la rue Manin et de la rue Simon Bolivar.

BUTTES BERGEYRE

On pourrait se prendre à imaginer une gentille bergère gardant ses moutons au sommet de cette colline bien cachée et qui aurait pu donner son nom à la butte. L’histoire est plus triste, la butte doit son nom à Robert Bergeyre, jeune joueur de rugby de vingt ans tué au début de la première guerre mondiale. En sa mémoire, un stade fut construit en 1918 au pied de la butte. Le stade fut démoli en 1926 et c’est à  partir de cette date que des habitations furent construites sur cette ancienne carrière de gypse.

Toutes les maisons ont beaucoup de cachet, en particulier celles de la rue Georges Lardennois, comme cette maison au balcon fleuri d’un splendide rosier.
Le plus joli coin de la butte Bergeyre est celui près du jardin partagé et du petit vignoble, le Clos des Chaufourniers d’où la vue sur le Sacré-Cœur est absolument splendide.

CANAL SAINT-MARTIN

Vous pouvez vous arrêter là et prendre le métro place du Colonel Fabien.
Pour ma part, un peu entêtée, j’ai poursuivi mon chemin jusqu’au canal Saint-Martin où j’ai remonté le quai de Jemmapes jusqu’à l’imposante rotonde de la Villette, bravant les informations concernant les fumeurs de crack se réunissant place de Stalingrad.
Ce jour là, je n’ai rien vu d’anormal et ne me suis pas sentie en insécurité. J’ai pu admirer la Rotonde de Ledoux, me disant que le monde a toujours été donc fou. La rotonde, ancien octroi du mur des Fermiers Généraux, ce mur murant Paris rendant Paris murmurant, est un vestige des points de passage monumentaux réalisés par Claude-Nicolas Ledoux, bâtis entre 1785 et 1789. Avait-on donc besoin du génie de Ledoux, auteur également des très belles Salines d’Arc et Senans,  et de grandioses Propylées pour percevoir l’impôt ? Pas étonnant que dès le 12 juillet 1789, le peuple s’en prit à cette enceinte fiscale et incendia la quasi totalité de la soixantaine des bâtiments d’octroi.  

 

  • Quai Jemmapes
    Atget
    (Musée Carnavalet)

  • Barrière de la Villette
    Boulevard de la Villette
    Atget
    (BnF)

Sur la terrasse de la Rotonde, il y a aussi de bonnes choses : notamment le Marché sur l’eau, un marché de fruits et légumes tous les samedis matin, tous produits en Ile de France, acheminés en bateau par le canal de l’Ourcq. On y trouve aussi des fromages, du miel et de la bière, de quoi se faire un bon pique-nique …

Année 2021 - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes