Quartier des Halles

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Les Halles, ventre de Paris depuis le moyen-Age, furent rasées après leur transfert à Rungis en 1969. A leur place, un immense trou donnera finalement naissance à un centre commercial, au nom pompeux de Forum qui ne fut jamais qu’un espace souterrain, oppressant, sale et labyrinthique. Le ventre fut alors réduit à l’état de boyaux, fréquentés par des hordes de voyageurs passant par ce gros nœud ferroviaire où se croisent cinq lignes de métro et trois lignes de RER.
Les Parisiens ne pouvaient guère attendre pire avec le projet de la Canopée qu’ils ont suivi avec peu d’intérêt si ce n’est pour son coût. Le résultat n’est pas prodigieux de beauté. Cependant sa construction a permis de réaménager judicieusement  l’espace et les flux de circulation.
Des douze pavillons de Baltard faits de fonte et de verre, il n’en reste qu’un, ré-installé à Nogent sur Marne. On peut regretter de ne pas avoir su en garder, au moins un, dans le centre de Paris, permettant ainsi de  garder en mémoire la vocation vitale de ce quartier qui assura le ravitaillement de Paris pendant plus de huit cents ans.

Par conséquent, ce quartier peut ne pas sembler à première vue un chouette lieu de promenade, hormis le fait qu’il possède plusieurs enseignes interessantes autour de la cuisine (notamment Dehillerin, Detou, Simon, la Bovida,  Mora et la Librairie Gourmande). De fait ce quartier autrefois haut en couleurs quand il était animé par la présence des halles, populeux, peuplé de truands et de prostituées, a gardé jusqu’à aujourd’hui cette image peu flatteuse entretenue par les alentours un peu louches du Forum.
Cependant, cette image est en train de rapidement changer grâce au charme du quartier Montorgueil et au réaménagement du Forum et de ses jardins. De plus, ce quartier très ancien, comporte un bon nombre de belles façades classées et ne serait-ce que pour l’église Saint-Eustache, vaut tout à fait qu’on lui  porte le même regard de flâneur qu’à son voisin le Marais plus prestigieux.

 

 

Nous allons démarrer cette promenade (voir circuit) par la rue de l’Arbre Sec, que nous atteindrons facilement en provenance de la rue de Rivoli et par la station de métro  Louvre Rivoli.

Rue de l'Arbre Sec

Hôtel de Saint-Roman
48, rue de l’Arbre Sec
Atget - 1910
(BnF)

Sur les photos d’Atget prises dans ce quartier, rares sont celles qui ne montrent pas des charrettes ou des voitures à bras laissées par les marchandes de quatre saisons dans les rues tout autour des Halles.

La présence d’anciens hôtels particuliers, comme ceux du n° 48 ou du n° 52 confirme l’intérêt que l’on peut porter à ce quartier.

  • Hôtel Trudon
    52, rue de l’Arbre Sec
    Atget
    (Musée d’Orsay)

Fontaine de l’Arbre Sec – Fontaine de la Croix du Trahoir
Hôtel meublé de l’Arbre Sec
Rue de l’Arbre Sec
Atget
(Musée Carnavalet)

Nous arrivons au coin de la rue Saint-Honoré, devant la fontaine de la Croix du Trahoir.
En définitive, le lieu est assez patibulaire et la marque circulaire au sol rappelle l’existence de la potence qui s’y dressait depuis le moyen Âge. Les condamnés étaient amenés à la croix du Trahoir pour leurs dernières prières avant leur exécution. La fontaine fut déplacée en 1634 au lieu où on la voit aujourd’hui, adossée à un mur et surmontée d’une pièce d’où les juges pouvaient assister aux exécutions des condamnés.
En 1776, elle fut reconstruite par Soufflot qui fut plus inspiré pour la construction du Panthéon. On ne fait d’ailleurs guère attention à cette fontaine, encore moins à sa nymphe, très mal placée, réalisée par Boizot, en rappel de celle sculptée par Jean Goujon pour la fontaine initiale.

 

Remarquons au 115, rue Saint-Honoré la pharmacie qui existait déjà en 1715. Sur la façade ornée de jolis mascarons, on peut y lire des inscriptions de cette époque. On rapporte que Fersen venait s’y fournir en encre sympatique pour sa correspondance avec Marie-Antoinette.

Nous nous dirigeons maintenant, par la rue Sauval, vers l’ancienne Bourse du Commerce, reconnaissable à sa forme circulaire et à la colonne.

Ancienne Bourse du Commerce - Colonne Médicis

La rue de Viarmes
Atget
(BnF)

Cette colonne est tout ce qui subsiste du palais que Catherine de Médicis s’était fait construire. On raconte que l’astrologue florentin de la reine, Cosme Ruggieri,  lui aurait prédit qu’elle mourrait près de Saint-Germain. La reine évita donc la fréquentation du château de Saint-Germain en Laye ainsi que les abords de Saint-Germain l’Auxerrois, et se fit construire ici un palais qu’elle habita pendant quatorze ans.  Au moment de sa mort au château de Blois, un Abbé s'approcha d'elle. Son nom ? l’Abbé de Saint-Germain …
La colonne était située à l’intérieur de l’hôtel, dans l’encoignure d’une cour et son premier étage coïncidait avec l’appartement de la Reine. La colonne contient un étroit escalier à vis, que ses astrologues devaient gravir pour observer et déchiffrer les constellations.  
Le palais, plus tard hôtel de Soissons, fut démoli en 1748. Toutefois, la colonne jugée suffisamment digne d’intérêt fut conservée et intégrée à la nouvelle halle aux Blés transformée en 1885 en Bourse du Commerce qui accueillera prochainement la Collection Pinault.

Eglise Saint-Eustache

Le côté sud de l’église tourné vers les jardins était autrefois dominé par les pavillons Baltard. Aujourd’hui la vue bien dégagée permet d'admirer son élégante architecture depuis les jardins. Nerval en fait une émouvante description dans Nuits d’Octobre (1852):

« Quelle belle nuit ! dis-je, en voyant scintiller les étoiles au-dessus du vaste emplacement où se dessinent, à gauche, la coupole de la halle aux blés avec la colonne cabalistique qui faisait partie de l'hôtel de Soissons, et qu'on appelle l'observatoire de Catherine de Médicis, puis le marché à la volaille; à droite, le marché au beurre, et, plus loin, la construction inachevée du marché à la viande. La silhouette grisâtre de Saint-Eustache ferme le tableau. Cet admirable édifice, où le style fleuri du moyen âge s'allie si bien aux desseins corrects de la renaissance, s'éclaire encore magnifiquement aux rayons de la lune, avec son armature gothique, ses arcs-boutants multipliés comme les côtes d'un cétacé prodigieux, et les cintres romains de ses portes et de ses fenêtres, dont les ornementa semblent appartenir à la coupe ogivale. »

  • Rue du Jour et l’église Saint-Eustache
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Entrons par le parvis de la rue du Jour, côté ouest, où la façade étroite  est une pâle copie de celle de Saint-Sulpice.
La  tête de cerf tout en haut du transept sud nous rappelle que Saint-Eustache, général de l’armée romaine, se serait converti au christianisme à la suite d’un miracle survenu lors d’une chasse. L’église, construite à l’emplacement d’une chapelle dédiée à Sainte Agnès, conserve également les références à la Sainte, notamment sur le banc d’œuvre, imposante œuvre de menuiserie. Comme le rappelle un curieux vitrail dédié à Saint-Antoine, patron des charcutiers, l’église située au cœur d’un quartier extrêmement actif, était la paroisse de nombreuses corporations marchandes.
Injustement sous estimée, l’église conserve aussi le souvenir de nombreuses figures de l’Histoire : Molière, né rue Saint-Honoré au coin de la rue Sauval, y a été baptisé. Louis XIV y fit sa première communion et Colbert, enterré ici, repose sous un magnifique mausolée sculpté par Coysevox.

Vitrail de Saint-Antoine
(avec son petit cochon rose!)

On peut aussi y voir un bas-relief coloré et naïf de Raymond Mason qui rappelle, avec beaucoup de tendresse, le départ en 1969 des derniers marchands de fruits et de légumes. Autre œuvre, pleine de tendresse aussi, le triptyque réalisé par Keith Haring, peu de temps avant sa mort.

Les dimanche après-midi, des concerts d’orgue gratuits y sont régulièrement donnés. J’allais de temps en temps écouter Jean Guillou, titulaire du grand orgue de Saint-Eustache pendant plus de cinquante ans. Il excellait dans l’interprétation d’œuvres classiques mais aussi modernes, il jouait avec une virtuosité époustouflante et énergique qui contrastait  avec sa taille et son âge, et faisait vibrer l’église de sonorités  absolument  dantesques.

Enfin, il faut souligner la générosité des bénévoles qui, depuis depuis trente cinq ans, servent la Soupe sur le parvis de Saint-Eustache. Cette  même générosité qui pourrait être à l’origine du mot « clochard ». En tous les cas, parmi les hypothèses sur l’origine du mot, c’est celle que je préfère car elle évoquerait la cloche qui sonnait autrefois sur le Carreau des Halles, annonçant la fin du marché et donc la possibilité pour les plus démunis de récupérer les invendus.

  • Fresque - Raymond Mason

  • Triptyque Keith Haring

Un jour que je sortais de l'église par le transept sud, je vis dévaler de l'allée du jardin deux skaters, venant terminer leur course sur le mur de l'église dans un grand rire et un barbare déhanchement. Mon exaspération se répètera quelques instants plus tard devant la dégradation de la fontaine des Innocents utilisée comme terrain de jeux, de support aux slogans politiques et de poubelle.  

La vue de l'immense et douce tête renversée sur le sol, sculpture nommée Ecoute par son créateur Henri de Miller, invite au calme et à la pause. Avançons dans les jardins d’où nous avons une vue unique sur Saint-Eustache, asseyons-nous et écoutons donc en rêve la rumeur  de la vague de fond qui tous les soirs déferlait ici en provenance des côtes et des campagnes. 

Halles de Baltard

Les Halles – Marchande de volailles
Atget
(BnF)

Je n’ai jamais connu les Halles, ventre de Paris immortalisé par Zola, finalement transférées à Rungis en 1969. Je n’ai qu’un très vague souvenir d’une étape au petit matin après une soirée chez un grand oncle qui avait emmené la famille y manger une soupe à l’oignon. Souvenir d’une enfant ensommeillée qui ne voyait certainement aucun intérêt à prendre un bouillon à l’odeur vaguement écoeurante, aussi tard ou aussi tôt.
Le premier souvenir précis est celui d’un vaste trou vertigineux lorsqu’au début des années 70, j’avais accompagné ma mère dans un restaurant des Halles. Je garde encore l’image  impressionnante de l’église Sainte-Eustache qui avait su résister aux vents de l’histoire se dresser arcboutée comme au bord d’une falaise.

Les Halles
Atget- 1910/1911
(MoMA)

La lecture du Ventre de Paris, donne une prodigieuse évocation de la vie des Halles jusqu’au début du vingtième siècle.
On peut aussi regarder le film Voici le temps des Assassins, de Julien Devivier tourné en 1956, qui montre si bien l’animation qui y régnait , notamment avec cette scène où Danièle Delorme surgit de la station de métro les Halles puis déambule parmi l’agitation autour des Pavillons.  
Enfin, il y a les précieuses images de l’INA, comme par exemple celles tournées en 1952. 

  • Au Marché des Halles – Pavillon Baltard
    Boucherie de Madame Huvey
    Atget - 1898
    (Musée Carnavalet)

  • Les Halles – Tripier
    Atget
    (BnF)

Cabaret de l’Ange Gardien
9, rue Pirouette
Atget – 1907
(BnF)

Repartons en direction de l’église et allons à droite jusquà la pointe Saint-Eustache, où se dressait autrefois le pilori, destiné à punir les commerçants endettés ou malhonnêtes. L’ancienne rue Pirouette, aujourd’hui engloutie sous le forum, rappelait par son nom le mouvement de la roue sur laquelle le condamné était exposé pendant deux heures, temps mis par la roue pour faire un tour complet.
La rue Pirouette est un lieu central du Ventre de Paris de Zola avec l’appétissante charcuterie Quenu-Gradelle, un monde de bonnes choses, de choses fondantes, de choses grasses.
Le 9, rue Pirouette photographié par Atget était l’enseigne d’une taverne, A l’Ange Gardien. Le métier d’ange gardien était autrefois exercé chez les marchands de vins et les auberges, protégeant ainsi les clients trop avinés de la proie des marlous et les ramenant chez eux en toute sécurité… Je me rappelle d'un soir où dans un bar proche des Champs Elysées, j’ai vu arriver en taxi l’ange gardien de Jacques Villeret,  une belle jeune femme, grande et mince, paraissant résignée et habituée à recevoir les appels du patron du café.  Mélancolique évocation de ce comédien qui disait ne pas être plus triste qu'un autre mais quand un comique l'est un peu, l’amplitude est d’autant plus grande.

  • Eglise Saint-Eustache
    Atget – 1926
    (Médiathèque de l’architectecture et du patrimoine)

Rue Montorgueil

Remontons la rue Montorgueil, dernière portion de la route par laquelle le poisson de mer était acheminé aux Halles depuis les ports du nord en empruntant les rues actuelles des Poissonniers, du Faubourg Poissonnière et des Petits Carreaux.

Cette rue, restée fidèle à la gastronomie, voit elle aussi ses enseignes autrefois populaires devenir plus chics sous l’effet de la gentrification.  Là aussi, de beaux immeubles comme celui qui s’élève au dessus de l’ancien passage de la Reine de Hongrie. Le nom évoquerait une marchande des Halles qui ressemblait à la mère de Marie-Antoinette, funeste ressemblance qui lui valut d’être décapitée. 

Au Compas d’Or
51, rue Montorgueil
Atget – 1907
(BnF)

Allons jusqu’au niveau de la vénérable et charmante pâtisserie Stohrer, installée depuis 1730 et connue notamment pour ses babas, inventés par le pâtissier du roi Louis XV.
Le magasin jouxte un immeuble dont le bas relief represente un compas et un globe terrestre. Remplacée aujourd’hui par un café qui en a gardé le nom, l’auberge du Compas d’Or était du temps d’Atget comme un avant-goût de la campagne en plein Paris, avec son hangar à grosse charpente. L’ensemble,établi au 64-72 rue Montorgueil depuis le XVIe siècle, fut démoli en 1927.
Prenons la rue Marie Suart qui s’ouvre devant nous, puis le passage du Grand-Cerf (voir promenade des Passages).


Puis prenons à droite la rue Saint-Denis.

  • Auberge du Compas d’Or
    64, rue Montorgueil
    Atget – 1909
    (BnF)

Rue Saint-Denis

Rue St-Denis – Eglise St Leu St Gilles
Atget – 1907/1908
(BnF)

Le nouveau musée de l’Illusion, très ludique où les paradoxes visuels sauront désorienter votre cerveau, pourra sembler plus attirant que l’église Saint-Leu Saint-Gilles, cependant haut lieu de la chevalerie. Ainsi, vous saurez que vous n’êtes pas victime d’une illusion si vous voyez passer ici quelques chevaliers du Saint-Sépulcre revêtus de leur cape blasonnée et de gants blancs venant à une messe célébrée dans la crypte de la petite église…

Maison à pignon – 111, rue Saint-Denis
Atget
(BnF)

Un peu plus loin, remarquons au coin de la rue Saint-denis et de la rue de la Grande Truanderie cette maison du XVIème siècle qui a conservé son haut pignon.

Fontaine des Innocents

Fontaine des Innocents
Atget
(INHA)

Cette belle fontaine du XVIème siècle est bien abîmée, trop souvent enlaidie par des tags et des immondices. La pierre de la fontaine s’effrite sous l’action du temps et sous les coups donnés par les skaters, peu sensibles à l’art de la Renaissance mais qui apprécient le spot constitué de longues marches et d’un curb... J’ai lu que l’action obstinée des riverains aurait  finalement débouché sur la décision de travaux qui devraient être lançés en 2021.

Le cimetière des Innocents occupait à peu près l’espace compris entre la rue des Innocents, la rue Saint-Denis et la rue Berger. Une grande fosse commune s’ouvrait à peu près où se situe aujourd’hui la fontaine, initialement adossée à l’église des Innocents, autrefois située à l’angle de la rue aux Fers (aujourd’hui rue Berger)  et de la rue Saint-Denis.
La première fontaine fut inaugurée en juin 1549, pour l’entrée solennelle du roi Henri II à Paris. Conçue par l’architecte Pierre Lescot, elle était surmontée de troix arcades formant une loggia d’honneur d’où des personnages de marque pouvaient saluer le cortège royal.  Une face de deux arcades s’ouvrait sur la rue Saint-Denis et l'autre, d'une arcade sur la rue aux Fers. Plus que simple fontaine, sa fonction d’apparat royal réclamait un sculpteur de renom : Jean Goujon. 
Pour des raisons d'hygiène, le cimetière des Innocents dut être désaffecté en 1780 entraînant le transfert de millions d’ossements dans les anciennes carrières de la Tombe-Issoire, plus connues aujourd’hui sous le nom de Catacombes. Pour le nouveau marché aménagé à l’emplacement du cimetière, il fut décidé d’y installer la fontaine en son centre. La fontaine fut démontée, reconstituée pierre par pierre, et une quatrième face fut alors réproduite par le sculpteur Pajou, dans un grand souci de fidélité à l'oeuvre initiale.
La fontaine changea encore de place, de quelques mètres seulement lors de la construction des halles de Baltard. C’est à cette occasion que le soubassement de la fontaine fut modifié et que Davioud réalisa le bassin à gradins.

Rue de la Ferronnerie

Rue de la Ferronnerie prise de la rue Saint-Denis vers la rue des Halles
Atget – 1907
(Bibliothèque Historique de la Ville de Paris)

Du 2 au 14 de la rue de la Ferronnerie subsiste un vaste ensemble de maisons datant de 1669 dont la façade arrière dominait autrefois le charnier des Innocents. Le cimetière des Innocents établi depuis des temps très lointains était un cimetière parisien très important. Au début du 14ème siècle, le cimetière fut entouré de galeries à arcades supportant le charnier où étaient entassés les ossements exhumés des fosses communes.
Un des murs du charnier était recouvert d'une grande fresque dite de la Danse macabre, dont on peut voir une copie partielle à la Ferté Loupière dans l’Yonne. Trente tableaux représentaient ainsi une scène relatant le dialogue entre un vivant et un mort, « le mort étant le double du vif, ce qu’il serait tout à l’heure ». Ce que devaient se dire les habitants de l’immeuble surplombant le charnier …

3, rue de la Ferronnerie
Atget – 1907
(BnF)

La rue est historiquement célèbre depuis l’assassinat le 14 mai 1610 du bon roi Henri IV qui, parti du Louvre, se rendait à l’Arsenal pour y rencontrer son ministre Sully. Bordée par des échoppes le long du mur du cimetière des Innocents, la rue était alors très étroite et souvent encombrée. Pris dans un de ces encombrements, le carrosse du roi dût s’arrêter, permettant à Ravaillac de frapper Henri IV de deux coups de couteau.

Au niveau du n°4 de la rue, sur le sol au milieu de la chaussée, une dalle aux armoiries d’Henri IV rappelle l'assassinat qui eut lieu en face d’une auberge au nom prémonitoire: l’auberge du Cœur Couronné percé d’une flèche.

 

Place Sainte-Opportune

Ancienne maison des Lingères
Angle rue Courtalon et place Sainte-Opportune
Atget
(Musée d’Orsay)

Descendons la rue Saint-Denis jusqu'à la rue Courtalon, une rue "noire et sordide, trouée d'allées puantes" selon Zola et qui est restée peu avenante. 

Elle débouche place Sainte-Opportune, où se tenait autrefois l'ancienne maison des lingères, vieille corporation tenue par des femmes depuis le moyen Âge. La maison fut détruite en 1902 mais le portail fut conservé, déplacé à plusieurs reprises et finalement intégré à l'immeuble du 22, rue Quincampoix qui par ce petit tour de passe-passe se voit attribué le "Bureau des Marchandes Lingères 1716".    

  • Place et rue St Opportune
    Atget
    (BnF)

Rue des Halles

Prenons la rue des Halles en face de nous, où au n°8, nous ne manquerons pas d’apprécier la vitrine du magasin de pièges qui présente une belle rangée de gros rats d’égout tout désséchés mais encore retenus prisonniers depuis 1925 des tapettes de la maison Aurouze. Le magasin a acquis une vaste notoriété non seulement depuis sa création en 1872 dans ce quartier où les rongeurs ont toujours eu de quoi trouver leur pitance mais aussi depuis qu’il apparait quelques secondes dans le film Ratatouille.

La maison Aurouze a encore de beaux jours car Paris serait occupé par des millions de surmulots … on parle d’un ratio de près de deux rats par Parisien …

Prenons en face du magasin la rue des Lavandières Sainte-Opportune, puis à droite la rue du Plat-d’Etain.

Rue du Plat d'Etain - Rue des Déchargeurs

Vieilles maisons
1 et 3, rue du Plat d’Etain
Atget – 1908
(BnF)

Nous passons devant de vieilles et simples maisons du XVIème siècle ... avant d'arriver rue des Déchargeurs. Ce nom m'évoque les forts des Halles qui   déchargeaient les quartiers de viande et les transportaient sur leurs épaules jusqu’aux pavillons. Reconnaissables à leur blouse et à leur large chapeau de cuir, le coltin qui a donné le verbe coltiner, ils faisaient partie d’une corporation fort ancienne, fondée au moyen Âge sous Saint-Louis. Des costauds qui obtenaient leur titre et leur médaille de Forts après avoir passé l’épreuve du port de deux cents kilos sur une distance de soixante mètres.
L’exiguîté des rues et des venelles à travers les halles avaient rendu indispensable le transport des marchandises à dos d’hommes. Les Forts disparurent avec le transfert des Halles à Rungis, modernes et mécanisées. 

Rue Saint-Honoré

Fort des Halles
Atget – 1898/1900
(BnF)

Nous avons tourné à droite rue des Déchargeurs, puis à gauche dans la rue des Halles que nous avons suivie jusqu'à la rue Saint-Honoré. 

Au niveau de la rue des Prouvaires, le regard est aimanté par la délicate dentelle du balcon soulignant avec élégance l’ancien hôtel qui fait l'angle. De là, nous avons aussi une belle vue sur la façade de Saint-Eustache.

Un peu plus loin au n°93, une vieille maison d’apothicaire à l’enseigne Directoire est contigüe à la belle façade d’une ancienne épicerie.

Nous allons maintenant rejoindre la rue de l’Arbre Sec d’où nous avons commencé la promenade. Personnellement,  je profite toujours d’un passage aux Halles pour passer chez Dehillerin rue Coquillère, où l’on trouve un grand nombre d’ustensiles de cuisine de fabrication française et à bon prix ainsi que chez G. Detou rue Tiquetonne où côté épicerie et ingrédients pour la pâtisserie, on trouve absolument … de tout ! Deux adresses incontournables !

Comment ne pas ajouter un mot sur les friperies qui sont légion dans le coin, comme Mad Vintage, notamment le magasin en face de la fontaine des Innocents.

Ceux qui ne sont interessés ni par la cuisine, ni par la mode vintage, pourront continuer par la vivante rue Saint-Honoré jusqu’au Palais-Royal.

  • Ancien hôtel
    54 rue Saint-Honoré et
    1, rue des Prouvaires
    Atget
    (BnF)

Tous droits réservés - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes (2020)