Chinatown aux Arts et Métiers

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C’est une promenade entre les Arts et Métiers et le nord du Marais, en très grande partie dans le quartier Chinois de Paris.
Généralement quand on parle de Chinatown à propos de Paris, on pense immédiatement au treizième arrondissement. Cependant, l’influence de la Petite Asie du treizième est essentiellement indochinoise, même si une grande partie des réfugiés du Sud-est asiatique qui vinrent à Paris dès les années 1975 était d’origine chinoise.
Dans ce quartier du 3ème arrondissement, la communauté est clairement chinoise, essentiellement formée de Wenzhou, originaires d’une province du sud de Shanghai.
Leur présence en France remonte à la Première Guerre mondiale, pendant laquelle ils vinrent remplacer dans les chantiers et les usines la main d’œuvre des hommes  partis au front. Le ministère du travail français de l’époque envoya ainsi en Chine une commission afin de recruter des travailleurs civils volontaires. Une fois la guerre finie, certains travailleurs repartirent, d’autres restèrent en France. Ils participèrent ainsi à la reconstruction des voies ferrées et des routes. Ou comme cela est retracé dans Au revoir là haut de Pierre Lemaitre, ils seront aussi employés à nettoyer les champs de bataille,  enterrer les corps des soldats dans les cimetières militaires.
Après 1929, il restait à peu près mille travailleurs chinois. Ils ne s’implantèrent véritablement dans ce quartier du nord du Marais qu’à la fin de la seconde guerre mondiale quand ils reprirent les anciens appartements et les activités de maroquinerie des nombreux juifs victimes de la déportation.
Même si les grossistes chinois se sont déplacés massivement à Aubervilliers ces dernières années, de nombreux magasins et restaurants sont encore présents dans tout le secteur autour des rues du Temple, au Maire, Volta et des Gravilliers.

Je m’y suis promenée la dernière fois juste après le Nouvel An chinois. A cette occasion de nombreuses lanternes rouges étaient accrochées dans tout le secteur, créant une curieuse juxtaposition avec l’architecture classique des nombreuses façades des 17ème et 18ème siècles.  

Station de métro Arts et Métiers

Pour cette promenade, je vous propose d’arriver par la ligne 11 et de vous arrêter à la station de métro Arts et Métiers redessinée en 1994 par l’artiste belge de BD, François Schuiten, auteur des Cités Obscures.  

Là, nous sommes propulsés dans l’univers du Nautilus des 100 000 lieux sous la mer. Le souterrain revêtu de plaques de cuivre devient sous marin et les immenses rouages suspendus au plafond semblent faire avancer la machine du métro. Les hublots le long des quais dévoilent les quelques curiosités du monde technique exposées au Musée des Arts et Métiers trop méconnu qui raconte l’histoire des  machines. Jules Verne à sa manière était aussi un inventeur; et des machines, il en est fort question aussi dans son Paris au XXème siècle. Il imagina Paris en 1960, soit dans un futur de cent ans lorsqu’il l’écrivit, faisant preuve d’une éblouissante et vertigineuse vision d’un monde très technologique au service de l’argent et totalement déculturé. Il décrit ainsi un instrument capable d’effectuer des calculs compliqués d’amortissements et d’intérêts à tous les taux possibles et d’en fournir instantanément les résultats rien qu’en pressant les touches d’un clavier, très proche de l’ordinateur donc, et assez loin des machines à calculer déjà inventées par Pascal, Perrault et Thomas de Colmar. Toutes ces machines parmi beaucoup d’autres inventions sont présentées dans ce riche et beau musée des Arts et Métiers qui retrace toute l’histoire des techniques.  

Musée Arts et Métiers

En sortant du métro, tournons à gauche pour rejoindre la rue Réaumur où se trouve le musée. La maquette de la statue de la Liberté qui accueille le visiteur dans la cour du musée, est de fait un beau symbole des Arts et de la technique, en étant le résultat de la prouesse combinée du sculpteur Bartholdi et de l’ingénieur Gustave Eiffel. 

De l’ancien prieuré de Saint-Martin des Champs nationalisé en 1789 et affecté au Conservatoire des Arts et Métiers en 1794, subsiste la très vieille église dans laquelle on peut voir le pendule de Foucault et les avions d’Ader et de Blériot.

Longeons l’église et prenons à gauche la rue Saint-Martin où nous allons trouver une autre église, Saint-Nicolas des Champs. 

Eglise Saint-Nicolas des Champs

Saint Nicolas, patron des mariniers était un saint extrêmement populaire au Moyen-âge et la quantité d'églises placées sous sa protection était considérable.
Dans les premières années du XIIème siècle, Saint-Nicolas des Champs n'était encore qu'une chapelle, située alors à la campagne, sur le territoire du monastère de Saint-Martin. L'édifice s'est ensuite agrandi et en 1420 fut complètement rebâti. Mais au commencement du XVIème siècle, l'édifice renouvelé ne suffit plus à la population toujours croissante. En 1576, les proportions de l'église furent considérablement augmentées avec l'ajout de nouvelles constructions.
Dans son état actuel, l'église de Saint-Nicolas des Champs est l’une des plus longues de Paris. Il est un fait que l'église impressionne plus par l'ampleur de son volume que par son architecture, extrêmement simple.  Cette sobriété peut s'expliquer aussi par le fait qu'autrefois de hautes maisons encerclaient l'église et ne laissaient à découvert qu'une porte percée dans le côté méridional, sur la rue Cunin Gridaine. 

Ce petit portail latéral sud, à l’harmonieuse élégance fut inspiré d’une entrée de la maison royale des Tournelles, démolie à partir de 1559 et dont Philibert Delorme avait relevé le dessin.

La dernière fois que je suis entrée dans l’église, c’était un jeudi 14 février aux environs de midi trente. J’ai été frappée par la ferveur des fidèles,  réunis pour la  messe quotidienne. Le chant très clair du prêtre s’élevait sous les hautes voûtes de l’église. Dehors, jour de la Saint Valentin, les amoureux se bécotaient sur les jardins publics; dans l’église, jour des Saints Méthode et Cyrille, le prêtre expliquait la vie des deux frères ayant évangélisé les peuples slaves.

Si nous comparons avec la photo prise par Atget vers 1898 montrant le côté sud de l'église à l'angle de la rue Saint-Martin et de la rue Cunin Gridaine,  il y a peu de changement aujourd'hui : une horloge plus discrète a remplacé l'ancienne, les restes du charnier ont été dégagés et une grille a remplacé la maçonnerie qui les enveloppait.

Après avoir longé la rue Cunin Gridaine, où j’y ai vu d’impressionnantes corneilles, traversons la rue de Turbigo pour nous engager dans la rue au Maire.

  • Porte
    Eglise Saint-Nicolas des Champs
    Atget
    (INHA)

  • Porte – Eglise Saint-Nicolas des Champs
    Atget – 1901 /1902
    (BnF)

  • Saint-Nicolas des Champs
    Atget – 1898 / 1900
    (BnF)

Rue au Maire

Nous entrons dans le quartier chinois, composé principalement de la rue au Maire, la rue des Gravilliers, la rue Chapon et la rue Volta. 
Le dépaysement est total et curieux. Les nombreuses façades classiques qui nous rappellent que nous sommes au nord du Marais sont toutes bordées de magasins aux enseignes chinoises. La plupart sont des commerces en gros de maroquinerie, bijoux de fantaisie et textile, côtoyant des épiceries  et de nombreux restaurants.
Cependant, curieusement le magasin de vêtements photographié par Atget n’ a été remplacé, ni par un grossiste en vêtements ni par une superette chinoise. Les mannequins sans tête et les nombreuses attractions se sont envolés laissant un mur gris et sale.  

  • Boutique, 61 rue au Maire
    Atget

Rue Volta

Nous passons devant la rue Volta où s’élève une maison à colombages à l’allure si médiévale qu’on l’a longtemps pensée comme la plus ancienne de Paris.
En réalité, la maison la plus ancienne de Paris, celle de Nicolas Flamel construite en 1407, est non loin d’ici rue de Montmorency. (Promenade Paris médiéval rive droite).

Rue des Vertus / Cour de Rome

Si vous le pouvez, entrez au n°7 de la rue au Maire où s’ouvre la Cour de Rome, une voie désormais privée  qui conduit à la rue des Gravilliers. Sinon, prenez à droite la rue des Vertus puis à droite la rue des Gravilliers.

Sans étymologie avérée, rien ne dit que la prostitution puisse être à l’origine du nom de cette petite rue. Quoi qu’il en soit, j’ai retrouvé dans un excellent livre sur Paris (Paris point du jour de Marc Alyn), ces mauvais vers confirmant la pratique autrefois exercée dans ce coin :

Dans la rue des Gravilliers
Elles y sont par milliers,
Dans la rue Pastourelle
Autant de putains que de maquerelles ;
Dans la rue des Vertus
Autant de coupeaux que de cocus

  • Cour de Rome – Rue des Vertus
    Atget - 1901
    (BnF)

Rue des Gravilliers

Sur la gauche au n°19, s’ouvre un vieux passage qui mène rue Chapon. Une gigantesque fresque en noir et blanc recouvre la totalité des murs et du plafond dans un fascinant décor de BD, réalisé par l’artiste unSolub en 2015. De curieuses machines volantes inspirées de celles de Gustave Mesmer s’élèvent au dessus d’escaliers labyrinthiques envahis de végétation et de rouages, une porte en pointillée vous incite à franchir la muraille. 

Vers la rue Chapon, d’anciens ateliers de mécanique sont aujourd’hui occupés par des galeries qui furent à l’initiative de la fresque réalisée à l’autre bout du passage.   

Nous tournons à droite dans la rue Chapon.

Rue Chapon

L’ hôtel au n° 13 qui date du début du 17ème siècle, abritait au début du vingtième siècle de multiples artisanats (graveur, photographie, bijouterie) comme on peut le voir sur la photographie prise par Atget. Débarrassé des immense enseignes qui l’entouraient, le porche laisse voir aujourd’hui un beau mascaron de faune.

La cour est  très élégante, avec son balcon ouvragé, ses rampes d'escalier en fer forgé et ses ailes latérales percées d’arcades …   

  • Porte cochère
    13, rue Chapon
    Atget – 1902
    (BnF)

Au n°22, deux sphinges juchées sur le mur  de clôture gardent l’entrée de l’hôtel. Ce motif égyptisant décoré d’une lanterne chinoise en plein Chinatown n’est en rien la preuve d’une théorie selon laquelle la civilisation chinoise pourrait être née de migrants venus d’Egypte !… 

Tournons à droite rue Beaubourg puis à gauche rue des Gravilliers.

En chemin, rue Beaubourg, la curieuse voiture du rémouleur Marius était garée le long du trottoir.

Dans son taxi anglais, il parcourt les rues sur rendez-vous pour affûter couteaux, ciseaux de couturière et ciseaux de coiffeur. Connu de  grands chefs comme Thierry Marx et Cyril Lignac, il travaille pour de grandes tables, mais ses tarifs sont tout à fait raisonnables, 3 euros le couteau et 5 euros les ciseaux. Rémouleur d’aujourd’hui, il a sa page et un profil sur facebook et prend ses rendez-vous par SMS.

 

  • Rémouleur
    Atget – 1899
    (BnF)

Rue des Gravilliers

Au 70, rue des Gravilliers s’élève le petit hôtel d’Estrées, dont la cour intérieure a retrouvé toute son élégance.  

Il fait face à l’hôtel d’Estrées construit par le grand-père de Gabrielle d’Estrées qui y habita.  Au fond de la jolie cour de l’hôtel, la terrasse et l’entrée du … Derrière, un restaurant de cuisine traditionnelle à la déco rigolote. 

 

Passage de l'Ancre

Le passage de l'Ancre se situe dans le prolongement du passage de Bourg L’Abbé, que nous avons dernièrement visité lors de notre promenade dans les passages couverts. Mais ici, le passage ancien, ouvert en 1792 est à ciel ouvert et a très peu de magasins. L’un, Pep’s, fabricant et réparateur de parapluies, installé depuis 1967 est une adresse précieuse, parce que quasiment la seule à Paris pour y faire réparer son pébroque, et aussi parce que témoin d’un rare savoir-faire. Son propriétaire est un ardent défenseur de l’écologie et du recyclage.

L’autre magasin, La Mécanique du Pull, fabricant de pulls, ouvert très récemment, cultive lui aussi la même éthique de l’écologie et de la belle ouvrage qui dure. Mon regard a tout de suite été accroché par trois pulls en vitrine dont le créateur et une jeune assistante m’ont expliqué avec enthousiasme et passion la fabrication selon leur démarche éthique.
Issu d’une tradition familiale exercée dans le tricot depuis trois générations, son grand-père avait ses machines à tisser en plein cœur de Paris, ce créateur a dû évidemment faire face aux difficultés du secteur textile mais ne s’est jamais résolu aux contraintes du marché, avec à la clé délocalisation amenant perte en qualité et en savoir faire.
Il travaille avec une petite structure familiale au Maroc spécialisée dans le travail de la maille depuis cinquante ans, utilise des laines éthiques et filées en Italie, maintient le savoir faire tel que le remaillage à la technique délicate qui assure résistance et confort au pull, utilise des méthodes innovantes pour rendre ses pulls incroyablement légers et mousseux, utilise des boutons fabriqués à Lyon, ….
Enfin, sa démarche est d’enrayer  la logique finalement coûteuse car polluante de la mode jetable et de  redonner goût et valeur au vêtement. Vous l’aurez compris, j’ai été absolument conquise par ces deux artisans en plein cœur de Paris! Je vous incite à les découvrir à votre tour.

 Nous sortons au n°223 de la rue Saint-Martin que nous traversons pour nous engager rue Chapon. Dans tout le quartier il y a de nombreux restaurants chinois pour une pause déjeuner à un excellent rapport qualité/ prix et où l’on peut trouver notamment des pâtes et des crêpes de riz faites maison.

Tournons à droite dans la rue Beaubourg.

  • Passage de l’Ancre
    223, rue Saint-Martin
    Atget – 1908
    (Bibliothèque historique de la Ville de Paris)

Rue Beaubourg

Le couvent des Carmélites occupait l’emplacement entre les n° 15-25, rue Chapon, n° 16-28 de la rue de Montmorency et 62-64, rue Beaubourg.  Le couvent, fermé à la Révolution fut démoli en 1796 et remplacé par des immeubles et le théâtre Doyen. Cet ensemble photographié par Atget fut démoli à partir de 1914 et remplacé par une école et un bâtiment administratif.

La rue Beaubourg est le résultat en 1851 de la fusion de plusieurs rues. Le tronçon entre la rue au Maire et la rue Michel Le Comte où nous nous trouvons était autrefois la rue Transnonain.
Rien ne nous rappelle aujourd’hui la violente répression qui eut lieu ici le 14 avril 1834 lors d’une insurrection populaire.
Le 13 avril 1834, des émeutes éclatèrent en réaction à plusieurs mesures instaurées par le gouvernement Soult sous Louis-Philippe visant notamment à limiter la liberté d’expressions et interdire les associations politiques.
Dans la nuit du 13 au 14, des barricades s’élevèrent dans le quartier autour de la rue Transnonain, mais la centaine d’insurgés fut vite réprimée. Alors que le combat semblait terminé, un malencontreux coup de fusil fut tiré de la maison à l’angle de la rue de Montmorency, déclenchant un horrible massacre commandé par le général Bugeaud, dès lors surnommé le boucher de la rue Transnonain, bien loin de l’image qu’on a voulu nous laisser avec la gentille chanson enfantine, la casquette du Père Bugeaud. Les soldats entrèrent  dans la maison, massacrèrent tous les habitants, hommes, femmes et enfants. La lithographie de Daumier retraçant le drame a été  décrite par Baudelaire :

A propos du lamentable massacre de la rue Transnonain, Daumier se montra vraiment grand artiste ; le dessin est devenu assez rare, car il fut saisi et détruit. Ce n’est pas précisément de la caricature, c’est de l’histoire, de la triviale et terrible réalité. — Dans une chambre pauvre et triste, la chambre traditionnelle du prolétaire, aux meubles banals et indispensables, le corps d’un ouvrier nu, en chemise et en bonnet de coton, gît sur le dos, tout de son long, les jambes et les bras écartés. Il y a eu sans doute dans la chambre une grande lutte et un grand tapage, car les chaises sont renversées, ainsi que la table de nuit et le pot de chambre. Sous le poids de son cadavre, le père écrase entre son dos et le carreau le cadavre de son petit enfant. Dans cette mansarde froide il n’y a rien que le silence et la mort.

Tournons à gauche dans la rue de Montmorency.

  • La rue Beaubourg – Ancien théâtre Doyen et
    maison où ont eu lieu le 14 avril 1834 le massacre de la rue Transnonain
    62 , rue Beaubourg (depuis 1851)
    Atget - 1901
    (BnF)

Rue de Montmorency

Au n°5, l’hôtel porte le nom de la famille de Montmorency qui occupa les lieux du 13ème siècle à 1632, date à laquelle Henri II de Montmorency fut décapité à Toulouse sur ordre de Richelieu, pour avoir appuyé une tentative de soulèvement contre le royaume.
Cette insurrection contre le roi et Richelieu avait été menée par  Gaston d’Orléans, le propre frère de Louis XIII. Tous les biens de Montmorency furent confisqués et c’est ainsi que Richelieu récupéra deux statues réalisées par Michel-Ange, l’Esclave Mourant et l’Esclave Rebelle, offertes par Henri II au Connétable Anne de MontmorencyCes deux statues sont aujourd’hui au Louvre après leur sauvetage de l'hôtel Massa sous la Révolution par Alexandre Lenoir. (voir Hôtel de Massa lors de notre promenade).

Une vingtaine d’années plus tard, c’est un nouveau propriétaire célèbre qui y habita : Nicolas Fouquet, dont la femme avait reçu l’hôtel en dot. On connait son histoire : Surintendant des Finances sous Louis XIV, il acquit une fortune considérable et se fit construire le superbe château de Vaux-le-Vicomte, réalisé par ceux qui œuvreront à la réalisation du château de Versailles : l’architecte Louis Le Vau, le peintre Charles Le Brun et le jardinier André Le Nôtre. Louis XIV y fut invité à une fête somptueuse. Le monarque en prit ombrage et le fit arrêter pour avoir détourné l’argent de l’état. Il fut emprisonné à vie dans le donjon de Pignerol.
Par un curieux retour de l’histoire, l’édifice, propriété de l’état depuis 1951, a hébergé l’Ecole Nationale des Impôts jusqu’en 2001 puis à partir de 2002  les services du ministère des Finances …

Dans cette rue, une belle devanture ancienne …

Tournons à droite dans la rue du Temple, puis à gauche dans la rue des Haudriettes, puis dans la rue des Quatre-Fils. 

Rue des Quatre-Fils

Au n°24, rue des quatre-fils, on peut voir la façade sur jardin de l’hôtel Guénégaud des Brosses, aujourd’hui musée de la Chasse et de la Nature dont l’entrée se situe au 62, rue des Archives. Construit par François Mansart, l’architecte du château de Maisons-Laffitte, il fut investi dès le milieu du XIXème siècle par des entreprises commerciales et industrielles, comme on peut le voir ainsi sur la photo prise par Atget. Il fut racheté par la Ville de Paris en 1961 et depuis sa restauration abrite une vaste collection dédiée à la chasse.

  • Façade, Hôtel
    24, rue des Quatre-Fils
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Au n°20, l’hôtel Le Féron, aussi appelé Hôtel de Brabançois, fut habité de 1800 à 1828 par Raymond Romain de Sèze, l’un des trois avocats qui défendirent Louis XVI durant son procès. 
Tâche écrasante et fort risquée, partagée avec Malesherbes et Tronchet. On peut se demander ce qui a manqué à la plaidoirie pour épargner le roi mais on peut aussi se demander si le résultat du vote sur la mort du roi aurait été différent avec un scrutin secret. Après l’exécution de Louis XVI, de Sèze fut arrêté et incarcéré à la prison de La Force, puis transféré dans une maison de santé, où il réussit à se faire oublier. Sous Louis XVIII , il devint pair de France et académicien. A sa mort en 1828, son éloge funèbre fut prononcé par Chateaubriand. Malesherbes eut moins de chance, lui et sa famille passa sous la guillotine en avril 1794. Quant à Tronchet, il fut le plus chanceux en arrivant à se cacher et se faire oublier jusqu’au Directoire.

En 1824, dans le nouveau quartier de la Madeleine trois artères se virent attribuer le nom des trois défenseurs, pour de Sèze, la plus petite mais attribuée de son vivant …

On peut voir à l’intérieur du bâtiment un escalier et son élégante rampe. 

 A côté, les hôtels des n° 16-18 furent en partie amputés lors des aménagements urbains de la rue. Au n°18, derrière le mur moderne, on peut encore voir le corps de l’hôtel de le Rebours et son cadran solaire.
L’hôtel au n°16 qui appartint à un fermier général, Gigault de Crisenoy, fut détruit en partie vers 1930 ; toutefois le beau porche a été conservé.

Tournons à gauche dans la rue Charlot

  • Hôtel de Brabançois – 1747
    Habité par de Sèze,
    défenseur de Louis XVI
    20, rue des Quatre-Fils
    Atget - 1901

  • Escalier, Hôtel de Brabençois
    20, rue des Quatre-Fils
    Atget
    (International Center of Photography)

  • Hôtel de le Rebours – Conseiller au Parlement
    18, rue des Quatre-Fils
    Atget - 1901
    (BnF)

  • Hôtel de Crisenoy – Fermier Général
    16, rue des Quatre-Fils
    Atget
    (BnF)

Rue Charlot

Comme dans le reste du Marais, l’attention est accaparée par les multiples magasins et les galeries. Tant et si bien que l’on peut en oublier de regarder aussi les hôtels pas toujours visibles de la rue … tel au n°7, rue Charlot, cet hôtel construit en 1616 sous le règne de Louis Louis XIII  et dont il subsiste des parties de cette époque. 

Plus loin, devant la cathédrale arménienne Sainte-Croix Saint-Jean en cours de rénovation se dresse au n° 8-10, le vieil hôtel de Turmenyes de 1611.  Y vécut Maurice Debelleyme, un magistrat très dévoué à la cause de l’ordre public et qui mit en place toute une série de mesures lorsqu’il fut  préfet en 1828. L’une d’elles fut d’augmenter le nombre des sergents de ville et de les doter d’un uniforme bleu et d’un bicorne. Paris en a été reconnaissant puisqu’une rue à quelques pas d’ici porte son nom.

  • Ancien hôtel Claude Cornuel
    (Secrétaire d’Etat 1634)
    7, rue Charlot
    Atget

  • Ancien hôtel de Turmeny
    8, rue Charlot
    Atget - 1901
    (BnF)

Marché des Enfants-Rouges

Marché des Enfants-Rouges
Atget – 1898
(Musée Carnavalet)

Sur la gauche au niveau du n°35 rue Charlot, entrons dans le marché des Enfants-Rouges, le plus vieux marché couvert de Paris, qui a failli disparaître pour être remplacé par un parking. Heureusement, il a été sauvé et rénové en 2000. Il est toujours agréable de s’y promener, d’y faire le plein de son panier et goûter aux spécialités italiennes et orientales. Ce pittoresque petit marché a été ouvert en 1615 et a pris le nom d’un hôpital fondé par François 1er   et sa sœur Marguerite de Navarre destiné à accueillir des orphelins, les Enfants-Dieu, vêtus de rouge en signe de charité, d’où leur surnom.

 

Rue de Bretagne

Sortons du marché et tournons à gauche dans la rue de Bretagne si commerçante : une belle librairie, des commerces de (bonne) bouche, bistrots, pâtisserie et salon de thé dans une  jolie petite cour au 57, ... tout fait envie.  

Nous sommes ici dans le quartier du Temple, où nous nous étions déjà promenés. Ce quartier m’est très cher car il me rappelle les sorties avec mon arrière grand-père horloger qui profitait du jeudi matin quand il n’y avait pas école pour m’emmener avec lui chercher des pièces dans ce quartier traditionnellement spécialisé dans l’horlogerie et l’orfèvrerie. Nous allions dans le magasin Vénot, tout en longueur, où des vendeuses en blouse blanche ouvraient des petits tiroirs d’où, avec une pince, elles extrayaient de minuscules pièces d’horlogerie qu’elles glissaient dans des sachets de papier cristal. La promenade se terminait dans le jardin du Temple que nous sommes en train de longer  sur notre droite. Nous y dégustions une pâtisserie ou une glace en fonction de la saison avant de prendre un taxi qui nous ramenait à la maison.
Aujourd’hui les magasins d’horlogerie sont très rares et les nombreux grossistes en bijou sont essentiellement chinois.

Continuons par la rue Réaumur pour rejoindre notre point de départ à la station de métro Arts et Métiers.  

Tous droits réservés - Année 2019 - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes