Saint-Germain-des-Prés - Odéon

Cette promenade débute à l’Odéon, aborde ensuite le quartier animé de Buci pour se poursuivre dans le quartier Saint-André-des-Arts avant de redescendre vers le boulevard Saint-Germain et revenir à notre point de départ au métro Odéon.
C’est une promenade dans le sixième arrondissement, à cheval sur plusieurs quartiers dont, on le verra, la physionomie est très différente. Différents soient-ils, ils sont tous empreints de la vie littéraire et artistique très emblématique de cet arrondissement et bien sûr marqués par les multiples épisodes de l’histoire, notamment celui de l’époque révolutionnaire.
Cette promenade ne suit pas un thème particulier, ni un secteur bien défini, c’est plutôt une déambulation zigzagante dans un arrondissement si propice à la flânerie et bien entendu en suivant le  fil invisible des lieux photographiés par Atget.

Nous passerons ainsi:

-       Carrefour de l’Odéon – Rue de l’Odéon – Place de l’Odéon
-       Rue de l’Ecole de Médecine
-       Rue du Jardinet – Cour de Rohan - Cour du Commerce Saint-André
-       Rue de l’Ancienne Comédie
-       Rue de Seine
-       Rue Jacques Callot – Rue Mazarine
-       Passage Dauphine – Rue Christine
-       Rue Saint-André des Arts
-       Rue Gît le Cœur – Rue de l’Hirondelle - Place Saint-André des Arts
-       Rue Hautefeuille

Place de l'Odéon

Nous partons de la station de métro Odéon (ou de la station Saint-Germain Odéon lignes de bus 63, 86, 87 ou 96) et nous nous dirigeons vers le carrefour Odéon pour prendre la rue de l’Odéon jusqu’à la place du même nom.  La rue de l’Odéon m’émerveille toujours, par ses boutiques et surtout ses nombreuses librairies, par la vue qu’elle dégage sur les colonnes et le fronton du théâtre placé en avant-scène du Jardin du Luxembourg. 

Cette place en demi-lune sur laquelle est aménagée une terrasse face au théâtre dès les beaux jours est sobre de par son architecture très classique. Elle s’arrondit en demi-cercle face au portique à colonnes de l’Odéon, premier théâtre monumental construit à Paris, ouvert en 1782, pour la troupe des Comédiens du Roi, alors trop à l’étroit dans leur petite salle située alors rue de l’Ancienne-Comédie. Deux fois incendié et reconstruit, récemment rénové après quatre ans d’importants travaux entre 2000 et 2006, l’Odéon a toujours donné des pièces de grande renommée, classique et contemporaine.
Je lisais dernièrement le roman d’Anne Wiazemsky, Un an après,  qui a pour décor le Paris de mai 1968 avec ses désordres et ses violences et pour histoire la relation de l’auteur avec le cinéaste Jean-Luc Godard qui entra dans la bataille politique. Elle raconte son exaltation des débuts de mai 68 puis son incompréhension, aussi ses peurs lors des manifestations et sa rage de voir l’Odéon, ce lieu sacré, détruit et saccagé par les manifestants qui l’occupent.    

  • Théâtre de l’Odéon
    Place de l’Odéon
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Comme on peut le voir sur la photo prise par Atget, les arcades du théâtre étaient autrefois vouées au commerce du livre et c’est ici que Flammarion a commencé en tant que libraire avant de devenir éditeur. Les galeries abandonneront le commerce du livre dans les années 50.

  • Galerie de l’Odéon
    Atget – 1899/1900
    (BnF)

Les éditions Flammarion occupent aujourd’hui l’immeuble du n°1, place de l’Odéon où se situait autrefois le Café Voltaire fondé en 1750 qui a accueilli de nombreux écrivains et poètes durant de longues années.
Il fut le lieu de rencontres favori de Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Gide, Valéry …
Il le fut aussi de ceux qui fréquentaient les deux librairies d’avant-garde, le Shakespeare and Company * de Sylvia Beach et la Maison des Amis des Livres d’Adrienne Monnier, alors toutes deux situées rue de l’Odéon ; les habitués étaient notamment l’Irlandais James Joyce et les jeunes Américains de l’entre deux guerres, Hemingway, Scott Fitzgerald, Ezra Pound, …. que Gertrude Stein appelaient ceux de la Génération Perdue.  

Plus haut, je mentionnais combien l’époque Révolutionnaire a marqué ce quartier ; Camille Desmoulins habitait le 22, rue de l’Odéon tout près du Couvent des Cordeliers où il se réunissait avec Danton et Marat.
Lors de son arrestation à son domicile le même jour que Danton, il fut emmené à la prison du Luxembourg, établi dans le Palais du Luxembourg, avant son exécution le 5 avril 1794. Rejoignons  la rue de l’Ecole de Médecine où se situait autrefois le couvent des Cordeliers qui abrita le fameux club révolutionnaire fondé par Danton. Pour cela, prenons la rue Casimir Delavigne, traversons la rue Monsieur le Prince où nous longeons encore plusieurs librairies dont deux anglophones, puis descendons les quelques marches de la rue Antoine Dubois pour rejoindre la rue de l’Ecole-de-Médecine.

* La librairie Shakespeare and Company, créée par Sylvia Beach fut fermée pendant l’occupation en 1941. C’est à la mort de Sylvia Beach en 1962 que Georges Whitman changea le nom de sa librairie rue de la Bûcherie pour prendre celui de Shakespeare and Company.  

  • Café Voltaire
    Place de l’Odéon
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Rue de l'Ecole de Médecine

Naturaliste, rue Ecole de Médecine
Atget – 1926
(MoMA)

A l’emplacement de la faculté de Médecine s’élevait autrefois le couvent des Cordeliers où se tint sous la Révolution le club des Cordeliers, dont était membre Marat. C’est à quelques pas d’ici d’ailleurs que se situait la maison de l’Ami du Peuple qui disparut avec le percement du boulevard Saint-Germain. Ce fut là, dans sa baignoire où il prenait un bain de souffre pour soulager la maladie cutanée qui le rongeait, que Marat  mourut poignardé par Charlotte Corday, le 13 juillet 1793.
Les funérailles du tribun furent théâtralement mises en scène par David dans la chapelle des Cordeliers. Le corps, recouvert d’un drap mouillé pour imiter les plis de marbre des statues antiques, fut exposé sur une haute estrade tricolore où la foule se pressa avant son inhumation au milieu de l’ancien jardin du couvent. Le chemin entre la chapelle et la sépulture étant trop court, David avait organisé tout un parcours partant de la rue des Cordeliers, passant par la rue Dauphine puis par le Pont-Neuf d’où l’on tira le canon, puis revenant par le Pont aux Changes et par le Théâtre-Français de l’Odéon. Au-delà de sa mort, l’Ami du Peuple continua à veiller sur les débats révolutionnaires ou tout du moins une partie, son cœur ayant été déposé dans une urne suspendue à la voûte de la salle des Cordeliers. La salle tout comme le monastère disparut  avec l’édification de l’Ecole de Médecine. Ne subsistent plus que le réfectoire photographié par Atget – aujourd’hui en complète réfection – et la baignoire de Marat, que l’on peut voir aujourd’hui au Musée Grévin.

   
Entrée Couvent des Cordeliers
15, rue Ecole de Médecine
Atget – 1899
(BnF)

Cour de Rohan

Cour de Rohan - Rue du Jardinet
Atget - 1915
(Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine)

Traversons le boulevard Saint-Germain et prenons en face la rue de l’Eperon et à gauche l’étroite et calme rue du Jardinet, désormais une impasse depuis que la cour de Rohan, en réalité une succession de trois cours, est désormais fermée au public. Elle doit son nom au fait qu’elle dépendait au XVème siècle d’un ancien hôtel possédé par le cardinal de Rouen.
Il n’y a pas encore si longtemps, on avait accès à cette bulle du passé qui reliait la rue du Jardinet au passage du Commerce. Aujourd’hui, de derrière la grille de la rue du Jardinet, il ne nous reste que la possibilité d’entrevoir la première cour et à l’arrière, la haute et élégante façade de briques et de pierres qui surplombe la deuxième cour.  

Lors de ma dernière promenade, la providence m’a sourit sous les traits d’une heureuse habitante des lieux qui m’a permis d’entrer dans les cours désormais fermées.

Quelques curiosités : dans la première cour, caché dans un renfoncement derrière les pots de fleurs, un très vieux puits avec sa margelle à caniveau et sa poulie ; dans la seconde cour, un pas de mule, seul vestige à Paris de ce trépied en fer forgé qui permettait autrefois de descendre plus aisément de cheval. 

La troisième cour où Balthus avait son atelier en haut de l’escalier extérieur s’ouvre sur le passage du Commerce Saint-André qui relie le boulevard Saint-Germain à la rue Saint-André-des-Arts.