Saint-Germain des Prés - Odéon

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Cette promenade débute à l’Odéon, aborde ensuite le quartier animé de Buci pour se poursuivre dans le quartier Saint-André-des-Arts avant de redescendre vers le boulevard Saint-Germain et revenir à notre point de départ au métro Odéon.
C’est une promenade dans le sixième arrondissement, à cheval sur plusieurs quartiers dont, on le verra, la physionomie est très différente. Différents soient-ils, ils sont tous empreints de la vie littéraire et artistique très emblématique de cet arrondissement et bien sûr marqués par les multiples épisodes de l’histoire, notamment celui de l’époque révolutionnaire.
Cette promenade ne suit pas un thème particulier, ni un secteur bien défini, c’est plutôt une déambulation zigzagante dans un arrondissement si propice à la flânerie et bien entendu en suivant le  fil invisible des lieux photographiés par Atget.

Nous passerons ainsi:

-       Carrefour de l’Odéon – Rue de l’Odéon – Place de l’Odéon
-       Rue de l’Ecole de Médecine
-       Rue du Jardinet – Cour de Rohan - Cour du Commerce Saint-André
-       Rue de l’Ancienne Comédie
-       Rue de Seine
-       Rue Jacques Callot – Rue Mazarine
-       Passage Dauphine – Rue Christine
-       Rue Saint-André des Arts
-       Rue Gît le Cœur – Rue de l’Hirondelle - Place Saint-André des Arts
-       Rue Hautefeuille

Place de l'Odéon

Nous partons de la station de métro Odéon (ou de la station Saint-Germain Odéon lignes de bus 63, 86, 87 ou 96) et nous nous dirigeons vers le carrefour Odéon pour prendre la rue de l’Odéon jusqu’à la place du même nom.  La rue de l’Odéon me séduit toujours, par ses boutiques et surtout ses nombreuses librairies, par la vue qu’elle dégage sur les colonnes et le fronton du théâtre placé en avant-scène du Jardin du Luxembourg. 

Cette place en demi-lune sur laquelle est aménagée une terrasse face au théâtre dès les beaux jours est sobre de par son architecture très classique. Elle s’arrondit en demi-cercle face au portique à colonnes de l’Odéon, premier théâtre monumental construit à Paris, ouvert en 1782, pour la troupe des Comédiens du Roi, alors trop à l’étroit dans leur petite salle située alors rue de l’Ancienne-Comédie. Deux fois incendié et reconstruit, récemment rénové après quatre ans d’importants travaux entre 2000 et 2006, l’Odéon a toujours donné des pièces de grande renommée, classique et contemporaine.
Je lisais dernièrement le roman d’Anne Wiazemsky, Un an après,  qui a pour décor le Paris de mai 1968 avec ses désordres et ses violences et pour histoire la relation de l’auteur avec le cinéaste Jean-Luc Godard qui entra dans la bataille politique. Elle raconte son exaltation des débuts de mai 68 puis son incompréhension, aussi ses peurs lors des manifestations et sa rage de voir l’Odéon, ce lieu sacré, détruit et saccagé par les manifestants qui l’occupent.    

  • Théâtre de l’Odéon
    Place de l’Odéon
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Comme on peut le voir sur la photo prise par Atget, les arcades du théâtre étaient autrefois vouées au commerce du livre et c’est ici que Flammarion a commencé en tant que libraire avant de devenir éditeur. Les galeries abandonneront le commerce du livre dans les années 50.

  • Galerie de l’Odéon
    Atget – 1899/1900
    (BnF)

Les éditions Flammarion occupent aujourd’hui l’immeuble du n°1, place de l’Odéon où se situait autrefois le Café Voltaire fondé en 1750 qui a accueilli de nombreux écrivains et poètes durant de longues années.
Il fut le lieu de rencontres favori de Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, Gide, Valéry …
Il le fut aussi de ceux qui fréquentaient les deux librairies d’avant-garde, le Shakespeare and Company * de Sylvia Beach et la Maison des Amis des Livres d’Adrienne Monnier, alors toutes deux situées rue de l’Odéon ; les habitués étaient notamment l’Irlandais James Joyce et les jeunes Américains de l’entre deux guerres, Hemingway, Scott Fitzgerald, Ezra Pound, …. que Gertrude Stein appelaient ceux de la Génération Perdue.  

Plus haut, je mentionnais combien l’époque Révolutionnaire a marqué ce quartier ; Camille Desmoulins habitait le 22, rue de l’Odéon tout près du Couvent des Cordeliers où il se réunissait avec Danton et Marat.
Lors de son arrestation à son domicile le même jour que Danton, il fut emmené à la prison du Luxembourg, établi dans le Palais du Luxembourg, avant son exécution le 5 avril 1794. Rejoignons  la rue de l’Ecole de Médecine où se situait autrefois le couvent des Cordeliers qui abrita le fameux club révolutionnaire fondé par Danton. Pour cela, prenons la rue Casimir Delavigne, traversons la rue Monsieur le Prince où nous longeons encore plusieurs librairies dont deux anglophones, puis descendons les quelques marches de la rue Antoine Dubois pour rejoindre la rue de l’Ecole-de-Médecine.

* La librairie Shakespeare and Company, créée par Sylvia Beach fut fermée pendant l’occupation en 1941. C’est à la mort de Sylvia Beach en 1962 que Georges Whitman changea le nom de sa librairie rue de la Bûcherie pour prendre celui de Shakespeare and Company.  

  • Café Voltaire
    Place de l’Odéon
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Rue de l'Ecole de Médecine

Naturaliste, rue Ecole de Médecine
Atget – 1926
(MoMA)

A l’emplacement de la faculté de Médecine s’élevait autrefois le couvent des Cordeliers où se tint sous la Révolution le club des Cordeliers, dont était membre Marat. C’est à quelques pas d’ici d’ailleurs que se situait la maison de l’Ami du Peuple qui disparut avec le percement du boulevard Saint-Germain. Ce fut là, dans sa baignoire où il prenait un bain de souffre pour soulager la maladie cutanée qui le rongeait, que Marat  mourut poignardé par Charlotte Corday, le 13 juillet 1793.
Les funérailles du tribun furent théâtralement mises en scène par David dans la chapelle des Cordeliers. Le corps, recouvert d’un drap mouillé pour imiter les plis de marbre des statues antiques, fut exposé sur une haute estrade tricolore où la foule se pressa avant son inhumation au milieu de l’ancien jardin du couvent. Le chemin entre la chapelle et la sépulture étant trop court, David avait organisé tout un parcours partant de la rue des Cordeliers, passant par la rue Dauphine puis par le Pont-Neuf d’où l’on tira le canon, puis revenant par le Pont aux Changes et par le Théâtre-Français de l’Odéon. Au-delà de sa mort, l’Ami du Peuple continua à veiller sur les débats révolutionnaires ou tout du moins une partie, son cœur ayant été déposé dans une urne suspendue à la voûte de la salle des Cordeliers. La salle tout comme le monastère disparut  avec l’édification de l’Ecole de Médecine. Ne subsistent plus que le réfectoire photographié par Atget – aujourd’hui en complète réfection – et la baignoire de Marat, que l’on peut voir aujourd’hui au Musée Grévin.

  • Entrée Couvent des Cordeliers
    15, rue Ecole de Médecine
    Atget – 1899
    (BnF)

Cour de Rohan

Cour de Rohan - Rue du Jardinet
Atget - 1915
(Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine)

Traversons le boulevard Saint-Germain et prenons en face la rue de l’Eperon et à gauche l’étroite et calme rue du Jardinet, désormais une impasse depuis que la cour de Rohan, en réalité une succession de trois cours, est désormais fermée au public. Elle doit son nom au fait qu’elle dépendait au XVème siècle d’un ancien hôtel possédé par le cardinal de Rouen.
Il n’y a pas encore si longtemps, on avait accès à cette bulle du passé qui reliait la rue du Jardinet au passage du Commerce. Aujourd’hui, de derrière la grille de la rue du Jardinet, il ne nous reste que la possibilité d’entrevoir la première cour et à l’arrière, la haute et élégante façade de briques et de pierres qui surplombe la deuxième cour.  

Lors de ma dernière promenade, la providence m’a sourit sous les traits d’une heureuse habitante des lieux qui m’a permis d’entrer dans les cours désormais fermées.

Quelques curiosités : dans la première cour, caché dans un renfoncement derrière les pots de fleurs, un très vieux puits avec sa margelle à caniveau et sa poulie ; dans la seconde cour, un pas de mule, seul vestige à Paris de ce trépied en fer forgé qui permettait autrefois de descendre plus aisément de cheval. 

Cour de Rohan
Atget – 1915
(Musée Carnavalet)

La troisième cour où Balthus avait son atelier en haut de l’escalier extérieur s’ouvre sur le passage du Commerce Saint-André qui relie le boulevard Saint-Germain à la rue Saint-André-des-Arts. 

Cour de Rohan
Atget
(INHA)

Viennent en curieuse surimpression les photos d’Atget montrant avec une certaine poésie l’humble décor aux vieilles pierres noircies par le temps et la vision contemporaine de ces lieux très discrètement luxueux et presque conservés dans leur jus. C’est un coin de paradis, comme Diane de Poitiers l’a peut-être connu quand, dit-on, elle y recevait Henri II, une parenthèse de pierres et de végétation bien à l’abri du bruit et de la fureur touristique que connait désormais le passage du Commerce.

 

  • Cour de Rohan
    Rue du Jardinet
    Atget – 1923
    (Musée Carnavalet)

Passage du Commerce Saint-André

Revenons sur nos pas rue du Jardinet, tournons à droite boulevard Saint-Germain pour rejoindre au n° 130 la cour du Commerce qui a été ouverte en 1735 entre deux jeux de paume pour relier  la rue Saint-André-des- Arts avec la rue de l'Ancienne Comédie.  Avant le percement du boulevard Saint-Germain, le passage s’ouvrait directement sur la rue des Cordeliers par un vaste porche cintré qui donnait accès à la maison qu’habitait Danton, à peu près là où se dresse aujourd’hui la statue du révolutionnaire. Tout le coin est d’ailleurs marqué par cette époque : Au n°8, la boutique  servait d’imprimerie à Marat pour la publication de son journal l’Ami du Peuple. En face, au n°9,  le bon docteur Guillotin perfectionnait le prototype de la guillotine sur quelques ovins.
Pour l’académicien Jean Clair, le tableau Passage du Commerce Saint-André, peint par Balthus en 1952, évoque clairement la guillotine, malgré le calme apparent de la scène de rue où l’on voit le peintre lui-même, en voisin, de dos avec une baguette de pain faisant face à la boutique du n°8.  A le regarder de plus près, le tableau au-delà d’évoquer les différents âges de la vie suggère la mort et la guillotine par de multiples détails ; ainsi, l’enseigne de la boutique évoque le serrurier établi au n°4 de la rue qui fournit en 1792 la première lame de guillotine ; au centre du tableau, le petit chien blanc à la tête inclinée rappelle l’agneau sur lequel fut expérimentée la lame également évoquée par la petite forme carrée à l’avant de la devanture ; la forme longue et étroite encadrée de rouge au milieu de la boutique rappelle clairement la guillotine.

Aujourd’hui le passage est encombré des multiples terrasses de restaurants où se pressent de nombreux touristes. Toutefois, il faut noter la présence du café Procope, fondé en 1684, dont l’arrière donne sur le passage. Le Club des Cordeliers se réunissait dans ses salons et c’est ici que le bonnet phrygien fut arboré pour la première fois. Avant d’être un haut lieu de la Révolution, il fut aussi celui de nombreuses rencontres littéraires. Créé par Francesco Procopio, un garçon de café d’origine sicilienne qui travaillait dans un café à la foire Saint-Germain, le café Procope devint rapidement un café littéraire très fréquenté et le resta quand son fils prit la succession en 1716. Voltaire et Rousseau y prirent leurs habitudes, Diderot y aurait écrit des articles de l’Encyclopédie.
Le cadre est très sympathique pour y faire une pause et vous pourrez y voir de nombreux objets de curiosité comme un bicorne ayant appartenu à Napoléon,  des documents de la période révolutionnaire, la table de Voltaire, … et vous aurez  peut-être la possibilité d’être attablé à la place où certaines personnalités avaient leurs habitudes …

Sortons du passage de la Cour de Commerce-Saint-André par la sortie qui donne sur la rue de l’Ancienne Comédie.

Rue de l'Ancienne Comédie

Nous passons devant la devanture du Procope, moins pittoresque qu’à l’arrière mais surmontée d’un beau balcon de fer. En face, dans la cour du vieil hôtel au n°14, se trouvait la salle du Théâtre-Français qui a donné son nom à la rue. Les Comédiens du Roi y donnèrent leurs représentations jusqu’à leur transfert au théâtre de l’Odéon.     

Prenons la rue de Buci, très animée avec ses nombreux commerces et restaurants, par laquelle nous rejoignons la rue de Seine à droite.

  • Ancien Café Procope fondé par l'Italien Francois Procope,
    fréquenté par Voltaire et les encyclopédistes.
    13, rue de l'ancienne Comédie
    Atget – 1900/1901
    (BnF)

Rue de Seine

La proximité de l’Institut et de l’Ecole des Beaux-arts marque encore la rue de Seine spécialisée dans le commerce de l’art et du livre.
Nous dépassons le triangle que fait la rue avec celle de l’Echaudé qui doit son nom à une pâtisserie de forme triangulaire et dont l’appellation  vient de la technique de sa prépa-ration: L’échaudé est un biscuit découpé en triangles dans une pâte assez dure souvent aromatisée avec de l’anis en grains puis cuit dans de l’eau bouillante avant d’être passé au four.

Devant nous, le bistrot La Palette, très à la mode et fréquenté par de nombreuses personnalités a gardé ses fresques Art déco et sa vieille décoration de bistro parisien classée.
J’aime le contraste de la devanture au n°30 qui rappelle qu’avant d’être une galerie, la boutique était celle d’une charcuterie.
Au n°26, à l’angle de la rue Visconti, une galerie d’estampes a remplacé le cabaret du Petit Maure dont les grilles et l’enseigne ont été conservées.

Faisons demi-tour et prenons à gauche la rue Jacques Callot pour rejoindre la rue Mazarine. 

  • Coins des rues de Seine
    et de l’Echaudé
    Atget – 1911
    (Musée Carnavalet)

  • Cabaret du Petit Maure
    26, rue de Seine
    Atget – 1911 / 1913
    (BnF)

Rue Jacques Callot

Le passage du Pont-Neuf, construit en 1823 et démoli pour faire place à la rue Jacques Callot percée en 1912, était un des rares passages couverts créés sur la rive gauche. Nous consacrerons bientôt une promenade aux passages couverts bien plus nombreux sur la rive droite. Il reliait la rue de Seine à la rue Guénégaud qui elle-même mène au Pont-Neuf, d’où son nom, entre le pâté de maisons entre le 44, rue Mazarine et le 45, rue de Seine. Sombre et triste, il aurait été complètement oublié sans les traces laissées par Atget et par Zola qui y situe le décor de son roman Thérèse Raquin, s’ouvrant par ces lignes :
« Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu’on vient des quais, on trouve le passage du Pont-Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. Ce passage a trente pas de long et deux de large, au plus ; il est pavé de dalles jaunâtres, usées, descellées, suant toujours une humidité âcre ; le vitrage qui le couvre, coupé à angle droit, est noir de crasse. »

Jacques Callot nous a laissé une superbe gravure vers 1630 montrant la tour de Nesle, vestige de l’enceinte de Philippe Auguste, avec en toile de fond le Pont-Neuf, la statue d’Henri IV, la pompe de la Samaritaine et au premier plan une activité intense sur la Seine.    

Trente ans plus tard, Israël Sylvestre, un autre Nancéien réalisa la même vue juste avant la démolition de la tour et la construction du Collège des Quatre-Nations, aujourd’hui l’Institut de France.

Rue Mazarine

28, rue Mazarine

Sur notre gauche au débouché de la rue qui doit son nom au Cardinal Mazarin se profile l’arrière de l’Institut de France.
Cette vénérable institution, où les académiciens revêtent leur célèbre habit vert lors des cérémonies officielles sous la coupole, est constituée de cinq académies dont la plus connue et la plus ancienne est l’Académie française fondée par Richelieu. Celle des Beaux Arts est née du regroupement des académies de peinture et de sculpture crées par Mazarin.
Ces académies siégeaient autrefois au Louvre. Lorsqu’il choisit d’en faire un musée, Napoléon les transféra dans l’ancien Collège des Quatre Nations. Par testament, Mazarin avait légué une partie de son immense fortune à Louis XIV pour faire édifier un collège voué à l’éducation de soixante jeunes nobles issues des quatre provinces nouvellement réunies à la France : l’Artois, l’Alsace, la ville de Pignerol dans le Piémont, et la Catalogne (Roussillon et Cerdagne).
Mazarin est enterré dans la chapelle et la bibliothèque Mazarine, constituée au départ de l’importante collection d’ouvrages du Cardinal est selon sa volonté rendue publique et ouverte à tous.

La rue Mazarine, riche en galeries, librairies et commerces d’antiquités perpétue également le souvenir de nombreuses personnalités. Ainsi au n°12, le jeune Molière loua un jeu de paume pour y installer son Illustre Théâtre.
Au n°28, Champollion découvrit en 1822 la signification des hiéroglyphes et le  peintre Horace Vernet, célèbre pour ses tableaux de batailles, y a vécut.

  • Palais de l’Institut de France
    Atget - 1923
    (Musée Carnavalet)

  • 12, rue de Mazarine 28, rue Mazarine Atget (Musée Carnavalet)

Passage Dauphine

Passage Dauphine
27, rue Mazarine
Atget
(Musée Carnavalet)

A la hauteur du n°27, rue Mazarine, prenons le passage Dauphine où il est toujours agréable de faire halte à la tranquille terrasse du petit salon de thé.

A la sortie du passage, nous débouchons au 20, rue Dauphine, où nous prenons presque en face la rue Christine.

Rue Christine

Dans cette rue si élégante de nos jours, il est bien difficile de deviner où pouvait se situer  la boucherie chevaline photographiée par Atget …

Par contre, la brasserie photographiée par Atget est-elle celle où Apollinaire aurait écrit à peu près à la même époque son poème-conversation Lundi rue Christine, qui sonne comme une suite de phrases saisies au vol  ? 

….

Le chat noir traverse la brasserie

Ces crêpes étaient exquises
La fontaine coule
Robe noire comme ses ongles
C’est complètement impossible
Voici monsieur
La bague en malachite
Le sol est semé de sciure
Alors c’est vrai
La serveuse rousse a été enlevée par un libraire

Calligrammes – Lundi rue Christine - Apollinaire

Tournons à gauche dans la rue des Grands-Augustins pour prendre à droite la rue de Savoie, qui nous mène à la rue Séguier.

  • Rue Christine vers la rue des Grands-Augustins
    Atget - 1911
    (Musée Carnavalet)

Rue Séguier

Au 16ème siècle, la rue portait le nom rabelaisien de rue Pavée-d’Andouilles. Aujourd’hui, elle porte plus sérieusement, tout à l’image des nombreux hôtels qui la bordent, le nom plus noble du baron Séguier, premier président à la Cour d’Appel de Paris qui y habitait au n°16. C’est aussi une rue très littéraire, s’il en est : au 8, le tourmenté Henri Michaux  y expérimenta les effets de la mescaline; au 18, Albert Camus a vécut  dans un appartement appartenant à la famille Gallimard avec laquelle il entretenait une étroite relation d’amitié jusqu’à ce terrible accident de voiture où lui et l’éditeur Michel Gallimard trouvèrent la mort.

Tournons à gauche dans la rue Saint-André-des-Arts.

  • Ancien hôtel
    8 et 10, rue Séguier
    Atget
    (Musée Carnavalet)

  • Hôtel de Séguier – 1er Président
    16, rue Séguier
    Atget –
    (INHA)

  • Hôtel de Nevers/ Hôtel d’Aguesseau - 18, rue Séguier
    Atget – 1908
    (Musée Carnavalet)

  • Passage du Pont-Neuf et Démolition du passage du Pont-Neuf
    41, rue de Seine
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Rue Saint-André-des-Arts

Nous passons devant l’hôtel Duchesne que Maurice Leloir, peintre oublié et illustrateur prolifique de nombreux livres avait choisi pour son tableau très vivant et coloré La dernière visite de Voltaire. Plus que Voltaire, invisible au fond de sa voiture entourée par les badauds, c’est le balcon que l’on remarque.

Quittons la rue Saint-André-des-Arts et tournons dans la rue au nom si poétique de Gît-le-Cœur.

  • 27, rue Saint-André-des-Arts
    Atget -
    (INHA)

  • 27, rue Saint-André-des-Arts Atget – 1899 (MoMA)

Rue Gît-le-Coeur

Ce nom si enchanteur qui m’évoquerait plutôt le tombeau d’un preux chevalier est en réalité la déformation du nom d’un cuisinier nommé Gilles Queux ou Gui le Queux.
Cette rue est bien connue des cinéphiles pour son cinéma Art et Essai le Saint-André-des-Arts, au n°12. A cette adresse habita, dit-on, la belle Gabrielle d’Estrées, grand amour du roi Henri IV.
Plus loin au n° 4, bien dans la tradition du métier du Livre omniprésent  dans cet arrondissement, une maison où habitèrent plusieurs libraires, dont  l’auteur en 1810 du Manuel du libraire et de l’amateur de livres, Jacques Charles Brunet; C’est aujourd’hui le siège du syndicat national de la librairie ancienne et moderne créé en 1914 qui organise chaque année le salon international du livre rare au Grand Palais.       

Tournons à droite dans la rue de l’Hirondelle.

  • Ancien hôtel
    4, rue Gît-le-Cœur
    Atget
    (Musée Carnavalet)

  • Maison habitée par Gabrielle d’Estrées
    12, rue Gît-le-Cœur
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Rue de l'Hirondelle

Ces noms si poétiques de Gît-le-Cœur et de l’Hirondelle m’évoquent des  images à la Peynet. Cette rue étroite et déserte, un peu à l’écart n’est-elle pas parfaite pour abriter des amours comme celles de François 1er  et de sa maîtresse la belle duchesse d’Etampes dont la liaison dura vingt ans jusqu’à la mort du roi. Dans son roman Ascanio, Alexandre Dumas l’a décrite comme très belle, mais aussi sous les traits d’une traîtresse avide et influente poursuivant de sa haine l’artiste Benvenuto Cellini et Diane de Poitiers. C’est au n°20 que s’élevait jadis la demeure royale, dite de la Salamandre, l’emblème de François 1er.  La maison actuelle du 18ème siècle a conservé cet emblème en souvenir.

Au bout de la rue, montons les quelques marches et passons la grille pour déboucher place Saint-Michel, où la fontaine de Davioud est un lieu de rendez-vous traditionnel du Quartier latin. Dirigeons-nous à droite vers la place Saint-André-des-Arts.

  • Cour, hôtel de la Salamandre
    20, rue de l’Hirondelle
    Atget
    (BnF)

  • Un coin de la rue de l’Hirondelle
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Place Saint-André-des-Arts

La place fort animée n’a plus rien du charme tranquille et désuet telle qu’elle était au temps d’ Atget.  Depuis quelques années cependant, les nombreux tags quelque peu agressifs qui nous faisaient presque regretter les immenses affiches publicitaires d’autrefois ont été remplacés par une douce fresque murale de Catherine Feff. Bien qu’obstinément bordée par la lèpre des tags, elle présente par une ombre portée des platanes une vue reposante. Quant à la boutique du cordonnier, elle a fait place à l’inévitable boutique de souvenirs.
Eloignons-nous pour rejoindre la rue Hautefeuille.

  • Place Saint-André-des-Arts
    Atget – 1924
    (BnF)

Rue Hautefeuille

L’hôtel à tourelle au coin de la petite impasse Hautefeuille fut habité au XVIème siècle par le capitaine Godin de Sainte-Croix, amant de la sinistre marquise de Brinvilliers à qui il enseigna l’art des poisons.  La marquise, peu scrupuleuse et n’ayant pas le sens de la famille mit à profit ses nouvelles connaissances en toxicologie en mettant fin aux jours de son père, sa sœur et ses deux frères. Son mari, à raison soupçonneux, préféra s’éloigner d’elle et se retira sur ses terres. Sainte-Croix, soupçonneux lui aussi à plus forte raison, enferma les preuves des meurtres commis par sa maîtresse dans une cassette, au cas où il mourrait avant elle … Ce qui advint, mais malgré sa mort toute naturelle, le contenu de sa cassette fut inventorié par la police.  Le scandale éclata, l’affaire des Poisons secoua toute la Cour de Louis XIV et la Brinvilliers en fuite fut finalement retrouvée par les hommes de Colbert et de Louvois. Après avoir été soumise à la torture, elle fut décapitée et brulée en place de Grève.

« Enfin c’en est fait, la Brinvilliers est en l’air : son pauvre petit corps a été jeté, après l’exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent ; de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante, dont nous serons tout étonnés. … »
Lettre de Madame de Sévigné à Madame de Grignan  – 17 Juillet 1676

Tournons à droite dans la rue Serpente.

  • Rue Hautefeuille
    Atget - 1898
    (Musée Carnavalet)

Rue Serpente

Ancienne maison
25, rue Serpente
Atget
(Musée Carnavalet)

La proximité de certaines rues entre elles peut amener des rapprochements étonnants. Ainsi, la rue Serpente qui donne dans la rue Hautefeuille où ont  vécu la Brinvilliers et son amant me fait revenir en mémoire ces vers écrits par Baudelaire qui auraient si bien convenus à la maléfique marquise … 

À te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.   

Le Serpent qui danse – Baudelaire

 

Tournons à gauche dans la rue Danton, puis rejoignons la statue du tribun qui fut une des rares statues de bronze épargnées par les Allemands sous l’occupation. Notre promenade s’arrête ici devant la station de métro Odéon.

Tous droits réservés - Année 2018 - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes