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La vue des nombreux mannequins exposés dans les vitrines du Passage du Caire nous renvoie naturellement aux photographies d’Atget qui attrayaient tant Man Ray par leur caractère surréaliste … comme ce magasin pour enfants photographié par Atget en 1925 Avenue des Gobelins (photo Getty Museum)

  • Boulevard de Bonne-Nouvelle
    Atget 1926

Boulevard de Bonne-Nouvelle

Nous sommes ici sur le tracé de la muraille de Charles V construite au XIV° siècle pour remplacer celle de Philippe Auguste côté rive droite. C’est sur les vestiges de cette enceinte  qui délimitait le nord de Paris entre la  Bastille et la porte Saint-Denis que les boulevards furent aménagés sous le règne de Louis XIV. Au début, ce ne sont que des voies en terre battue et plantée d’arbres, auxquelles on donne le nom de boulevard qui en terme militaire désigne la fortification extérieure d’une place forte constituée par un terre-plein en avant des remparts.

S’étirant sur plus de quatre kilomètres entre la Bastille et la Madeleine, les Grands Boulevards devinrent des lieux de promenade et furent en particulier très à la mode au 19°siècle en étant le haut lieu des fêtes parisiennes. En cours de route, les boulevards adoptent non seulement le nom des quartiers qu’ils traversent mais également leur caractère. Ainsi, par exemple, le boulevard de Bonne-Nouvelle avec à sa proximité la rue Saint-Denis a toujours été populaire.

On peut distinguer sur la droite de la photo prise par Atget la façade du  théâtre du Gymnase qui s’étire en biais. Il fut inauguré en 1820 et eut immédiatement du succès avec les premières représentations des vaudevilles écrits par Scribe. D’autres grands auteurs comme Alexandre Dumas, Balzac, George Sand, Sardou y furent aussi joués en leur temps. Depuis 1958, le théâtre porte aussi le nom de Marie Bell en hommage à la tragédienne.    

Hôtel de 1660
21, rue Poissonnière
Atget - 1905
(BNF)
(Hôtel démoli en 1907)

Rue Poissonnière

Cinéma Le Grand Rex

Après avoir remonté le boulevard de Bonne-Nouvelle, nous tournons  à gauche dans la rue Poissonnière dont le coin est occupé par le cinéma Le Rex. Ce cinéma géant des années trente a tout d’un immeuble de Broadway avec son imposante façade où sont projetées des images en continu. Il marque aussi la limite entre les boulevards et un autre monde où s’étend le quartier du Sentier.

Mais dans  cet univers dévolu au textile et autrefois au papier imprimé, que vient donc faire un nom de rue dont l’évocation aux résonances poissardes évoque plutôt le commerce du poisson ? En fait, il nous rappelle tout simplement que ce chemin était devenu rue des Poissonniers lorsque les marchands de poissons et de crustacés en provenance des ports du nord de la France venaient livrer leurs produits au pavillon des marées des Halles de Paris aujourd’hui disparues.
Plus rien n’évoque le cheminement des marchands assurant le lien entre la mer et le ventre de Paris, comme il ne subsiste plus rien de cet hôtel du 17° siècle aux si délicates ferronneries photographié par Atget, au 21, rue Poissonnière, avant sa démolition en 1907. A sa place, se dresse un imposant immeuble néo classique où sur sa façade se détachent trois mascarons aux têtes sévères ; Si l’immeuble est de facture très classique, il est toutefois emblématique de l’activité de traitement informatique largement exercée aujourd’hui dans le quartier du Sentier, en abritant sur ses 1250 m² un important data center. En descendant la rue Poissonnière, nous aurons l’occasion d’admirer le bel hôtel de Noisy au n° 2.

Nous continuerons par la rue des Petits-Carreaux, puis à gauche la rue d’Aboukir jusqu’à la place du Caire.

Place du Caire
Atget – 1903
(Getty Museum)

Place du Caire

Arrivés sur la place, l'oeil est attiré par les trois têtes monumentales de la déesse Hathor qui ornent la façade de l’immeuble où s’ouvre le passage du Caire, au n°2. C’est sur l’emplacement d’un ancien couvent qui s’étendait entre la rue Saint-Denis et la petite rue des forges que furent percées en 1798 la rue et le passage du Caire dont le nom commémore la campagne de Bonaparte en Egypte. Le souvenir de cette conquête militaire accompagnée d’une expédition scientifique s’est également étendu aux rues avoisinantes : rues d’Aboukir, d’Alexandrie, du Nil et  Damiette.

C’est à l’emplacement de ces rues que se situait autrefois la plus grande Cour des Miracles à Paris. Ce repaire de mendiants et de voleurs a été décrit  avec puissance par Victor Hugo dans son livre Notre-Dame de Paris. Comme ils utilisaient un langage codé, on les avait surnommés les argotiers. Le jour, ils partaient en ville mendier en usant de stratagèmes : faux-estropiés, faux-aveugles, sabouleux qui dissimulaient un morceau de savon dans la bouche pour simuler des crises d’épilepsie, francs-mitoux qui se faisaient passer pour lépreux … le soir, ils revenaient à la Cour accomplir ce miracle quotidien en se débarrassant des   marques de leurs fausses infirmités.

On peut remarquer sur la photo prise par Atget la présence d’imprimeries au dessus du passage car à son époque le quartier était aussi celui de la presse et de la typographie;  les artisans imprimeurs partageaient le passage avec les fabricants de chapeaux de paille.