Promenade dans le quartier du Temple

A la fin du circuit Paris Médiéval – Rive droite, nous avons atteint le quartier du Temple. Pour moi, il évoque surtout le quartier où le jeudi matin, j’accompagnais mon arrière-grand-père, horloger, qui venait s’y approvisionner en pièces chez Vénot, rue Pastourelle. Aux beaux jours, nous faisions toujours une  halte au square du Temple.

Par contre, je n’ai pas connu le Carreau du Temple,  marché très populaire de la Fripe, qui après avoir  commencé à péricliter dans les années 1970, fut transformé en 2004 en un espace dit culturel après avoir failli devenir parking. La promenade en semaine semble paisible au regard de l’animation qui y règne le soir et le week-end au grand dam de ses habitants. Quoiqu’il en soit, que ce soit de jour ou de nuit, nous sommes très loin de l’époque d’Atget, encore plus de celle très reculée des Templiers et de Godefroy de Bouillon. L’histoire tragique de la Révolution qui s’y est aussi déroulée ne semble pas non plus affecter les fêtards d’aujourd’hui insensibles aux vibrations pesantes du passé.    

Avec cette promenade, nous allons parcourir le périmètre de l’enclos du Temple proprement dit ainsi que la Ville neuve du Temple. Plus particulièrement, nous nous arrêterons aux :    

*        77, rue du Temple
*        16, rue Dupetit-Thouars
*        2, rue de la Corderie
*        12, rue Portefoin - Hôtel Turgot
*        14, rue Portefoin - Hôtel de Breteuil
*        83, rue des Archives
*        Marché des Enfants-Rouges rue de Bretagne

*        79 et 81, rue des Archives       
*        Hôtel de Tallard – 78, rue des Archives
*        Rue Pastourelle - perspective sur l’impasse Sourdis
*        61, rue des Archives
*        72, rue des Archives
*        Fontaine des Haudriettes
*        7, rue de Braque
*        8 bis, rue de Braque
*        45, rue des Archives

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Rue du Temple

La rue du Temple qui, au XIIIème siècle, s’appelait plus précisément rue de la Chevalerie-du-Temple, conduisait au vaste domaine des Templiers dont la puissance était très grande. L’ordre des Templiers, institution à la fois religieuse et militaire, fondé en 1118 par neuf chevaliers, avait pour mission d’escorter les pèlerins en Terre Sainte et de défendre le Saint-Sépulcre.
Le nom de Templiers a pour origine la demeure qui leur avait été attribuée par le roi de Jérusalem, Beaudoin II, et qui était située à côté de l’emplacement du Temple de Salomon. Les Templiers, autant soldats que moines, devaient faire vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, selon la règle stricte de Saint Bernard. Les dons considérables qu’ils reçurent lors des Croisades les rendirent toutefois très riches. Lorsqu’au fil du temps, leur rôle militaire fut terminé, ils conservèrent néanmoins un très grand prestige auprès des rois qui ne leur ménagèrent ni les dons, ni les privilèges, dont celui d’être exemptés d’impôts. Lorsque les Templiers revinrent en France, leur puissance militaire se transforma en puissance financière. On peut lire qu’ils possédèrent jusqu’à neuf mille châteaux en Europe.
A Paris, ils s‘installèrent tout d’abord vers 1140 à proximité de la Grève, rue de Lobau, où ils entreprirent de défricher une partie des marais au nord de la chaussée Saint-Antoine, puis dans la seconde moitié du XIIème siècle, ils se fixèrent sur un vaste territoire plus au nord. Dans cet espace encore campagnard, au milieu des champs, ils bâtirent un cloître qu’ils protégèrent de remparts et d’un énorme donjon.
L’enclos du Temple devint ainsi une petite ville dans la ville, jouissant d’énormes privilèges. Quiconque avait franchi le pont-levis se trouvait protégé moyennant une somme à verser au percepteur du Grand Maître.

Philippe le Bel, en quête d’argent, accapara la richesse des Templiers en les inculpant d’hérésie en 1307. Les Templiers furent soumis aux tortures menées par les commissaires de l’Inquisition afin de leur arracher des aveux concernant leurs rapports avec le Diable pendant que l’on vidait le Temple. Jacques de Molay après plus de six ans au cachot comparut devant un tribunal puis fut emmené sur un bûcher allumé à la pointe de l’île aux Juifs, devenue le Vert-Galant. C’est sur ce bûcher qu’il lança sa malédiction célèbre concernant la mort du Pape et celle du roi avant un an et la malédiction jusqu’à la troisième génération des rois de France, toutes accomplies.
La maison du Temple fut alors offerte à l’Ordre des Hospitaliers de  Saint Jean de Jérusalem, appelé plus tard l’Ordre des Chevaliers de Malte qui la conserva jusqu’à la Révolution. Le Grand Prieur de l’Ordre de Malte succéda au Grand Maître des Templiers.
Par un curieux tour de l’histoire, la malédiction de Jacques de Molay semble s’être étendue au-delà de la troisième génération, jusqu’aux années sombres de la Révolution avec la captivité de Louis XVI dans le donjon-prison du Grand Maître. En effet, à la Révolution, il ne subsiste alors essentiellement  que le  palais du Grand Prieur, rebâti au XVIIème siècle et une grosse tour abandonnée, qui est choisie, le 13 août 1792 par la Commune insurrectionnelle de Paris  pour incarcérer  Louis XVI et sa famille. Le donjon du Temple se situait à l’emplacement de la rue Eugène-Spuller, entre le square du Temple et la mairie du 3ème arrondissement. Louis XVI y resta jusqu’à son procès et son exécution le 21 janvier 1793 place de la Concorde. Marie-Antoinette fut transférée à la Conciergerie le 2 août 1793 et exécutée le 16 octobre 1793.


« On la réveille - dormait-elle ? … elle embrasse sa fille et sa belle-sœur - depuis un mois son fils lui a été enlevé - et descend l’escalier de la Tour. Dans la nuit étouffante et lourde elle traverse, entourée de commissaires et de soldats, le jardin silencieux du Temple, non sans se retourner, sans doute, ainsi que l’a fait Louis XVI au 21 janvier, vers cette Tour qui se dresse, énorme et sinistre, dans l’ombre ; un fiacre attend au perron du Palais ; la grand porte tourne et livre passage ; on traverse au trot des chevaux la ville endormie ; »
La Captivité et la mort de Marie-Antoinette - G. Lenôtre.


Officiellement, le dauphin Louis XVII, séparé de sa mère le 3 juillet 1793, y mourut, le 8 juin 1795, à l’âge de 10 ans, totalement isolé et privé de soins. Cependant, des détails troublants ont remis en doute la thèse officielle et l’énigme du Temple n’est toujours pas résolue.
Cette sinistre tour qui resta prison d’état sous la Révolution et où furent enfermés des conspirateurs royalistes, fut rasée sur ordre de Napoléon en 1808.

 

77, rue du Temple
Vieille maison où Bouchotte, ministre
de la guerre, demeurait en 1793.
1901 Atget
(BNF)

77, rue du Temple

Avec cette maison photographiée par Atget située au 77, rue du Temple, nous restons à cette terrible époque que fut la Révolution. Une plaque apposée sur la façade nous indique qu’ici dans cette maison, habita en 1791 Jean-Baptiste Bouchotte, 1754 - 1840, Ministre de la guerre sous la Convention.

Mais qui était Bouchotte ? Dans son livre sur Charette, personnage qui a joué un rôle essentiel dans la guerre de Vendée sous la Terreur, l’historien G. Lenôtre nous le décrit :
« … pas méchant, laborieux, foncièrement probe, animé de bonnes intentions, ce chef suprême de l’armée s’affirme doué d’une singulière aptitude à favoriser les incapables et d’une prédilection non moins étonnante pour les sacripants. Il fut  le Mécène des incompétences. Républicain dans l’âme, il jugea que son premier devoir était de démocratiser l’armée et les bureaux de son ministère ;  »

Cette description peu flatteuse de cet officier trouve un écho particulièrement avec cette phrase de Victor Hugo dans Quatre-vingt-treize  à propos du personnage Cimourdain, l’envoyé du Comité de Salut Public:

« Personne aujourd'hui ne sait son nom. L'histoire a de ces inconnus terribles. »

16, rue Dupetit-Thouars
1910/ 1912 Atget
(BNF)

Rue Dupetit-Thouars

Nous sommes dans le quartier du Carreau du Temple, autrefois dédié à la fripe depuis la construction en 1788 de la rotonde du Temple à laquelle on avait adjoint en 1802 la halle au Vieux linge. La Rotonde, élevée à l’emplacement de terrains inoccupés et de cultures maraîchères était destinée au commerce et à l’habitation.
Le marché des vieux linges, hardes et chiffons se tenait dans la vaste halle qui comprenait plus de 1800 boutiques réparties sur quatre pavillons en bois traversés par des rues baptisées de noms de navigateurs : Cafarelli, Dupetit-Thouars, Dupuis, Perrée.
Certains de ces pavillons avaient des surnoms évocateurs : le Pou-Volant spécialisé dans la ferraille et la friperie, la Forêt-Noire dans les chaussures. Entre la Halle au Vieux Linge et la Rotonde, il y avait un espace appelé Carreau du Temple car les vendeurs y déposaient leurs marchandises à même le sol, sur le « carreau ». Tous ces bâtiments furent démolis en 1863 pour laisser place à un vaste marché, dit du Carreau du Temple, composé de  pavillons à structure métallique, où fut accueillie en 1904 la première Foire de Paris. Peu utilisé et dégradé au fil du temps, le Carreau du Temple a été complètement réhabilité par la Mairie du 3ème arrondissement pour en faire un espace dédié au sport et à la culture.

Autour des deux pavillons, les vieux magasins de fripe ont fait place à des galeries, magasins de mode, restaurants et bars branchés …