Paris Médiéval - Rive Droite

Nous venons de finir le petit tour de l'île de la Cité. Nous avons rejoint l'Ile de la Cité par le pont Saint-Louis, puis nous nous sommes engagés quai de Bourbon pour emprunter le pont Louis-Philippe. Nous nous enfonçons maintenant dans de vieilles rues du Marais.

Sur les pas d’Atget, nous nous arrêterons en particulier : 

*        Rue du Grenier-sur-l’Eau
*        13, rue François-Miron
*        L’Hôtel de Sens
*        Rue des Jardins-Saint-Paul
*        Rue du Prévôt
*        Le cloître des Billettes - 22-24, rue des Archives
*        L’Hôtel de Clisson - 58, rue des Archives
*        3, Rue Volta
*        51, Rue de Montmorency - Maison de Nicolas Flamel
*        Le prieuré de Saint-Martin-des-Champs

13, rue François-Miron

13, rue François-Miron
Atget - 1901
(Musée Carnavalet)

« Car c’est une des différences radicales des villes d’alors et des villes d’à présent, qu’aujourd’hui ce sont les façades qui regardent les places et les rues, et qu’alors c’étaient les pignons. »
Notre-Dame de Paris - Victor Hugo

En 1667, pour des raisons de sécurité, les pignons furent en effet prohibés et c’est à partir de cette date que l’axe des toitures fut placé parallèlement à la rue. Ces deux maisons à pignon dont la datation est incertaine (entre XIVème et XVIème siècle) sont dites à bois long car les poutres d’angle du colombage sont d’un seul tenant. Leur restauration minutieuse en 1967 a fait disparaître l’enduit qui, selon un édit de 1607, devait recouvrir les pans de bois intérieurs et extérieurs afin de limiter la propagation des incendies. Deux pastiches de boutiques de style médiéval signalées par les enseignes du Faucheur et du Mouton ont été reconstituées d’après des documents anciens.

Rue du Grenier-sur-l'Eau

Rue du Grenier-sur- l’Eau
Atget - 1899
(Musée Carnavalet)

A l’angle de la rue des Barres et de la rue du Grenier-sur-l’Eau, la vue de cette maison à colombages et pignon, probablement du XVIIème siècle nous transporte dans un  Paris moyenâgeux, dont l’aspect est renforcé par le caniveau central au milieu des pavés.
Du temps d’Atget, la rue était plus étroite et l’encorbellement de la vieille maison touchait presque l’immeuble  d’en face, abattu en 1943.

En 2000, la partie orientale de la rue (entre la rue du Pont-Louis-Philippe et la rue Geoffroy-l’Asnier), a été rebaptisée allée des-Justes-de-France, en hommage aux hommes et femmes qui, au péril de leur vie, sauvèrent des Juifs durant la guerre de 1939-1945. On peut lire leurs noms inscrits  en 2006 sur le mur d’enceinte du Mémorial de la Shoah situé tout près au 17, rue Geoffroy-l’Asnier.

Hôtel de Sens

Hôtel de Sens depuis la rue de l'Ave-Maria
Atget - 1899
(BNF)

L’évêché de Paris étant sous la tutelle de l’archevêque de Sens, et ceci jusqu’en 1622, l’archevêque Tristan Salazar se fit construire une résidence entre 1475 et 1507, à l’architecture mi-gothique, mi-Renaissance.

L’hôtel n’abrita pas que de pieux personnages. Il garde également le souvenir d’un bref séjour qu’y fit la reine Margot en 1605. Agée alors de cinquante-trois ans, elle n’est plus la belle jeune femme dont la beauté était célébrée par Ronsard et Montaigne. Bien que devenue énorme, elle continue d’avoir des aventures amoureuses et de surcroît avec de jeunes amants. Au moment où son amant Saint-Julien lui ouvre la porte de son carrosse, il meurt abattu par un rival jaloux âgé seulement de vingt ans, le comte de Vermont. Ce dernier, vite rattrapé, est  traîné devant la porte de l’hôtel de Sens où Marguerite hurle d’une fenêtre : « Qu’on le tue, ce meschant ! Voilà mes jarretières … qu’on l’étrangle ! » … Le malheureux fut décapité à la hache trois jours plus tard en face de l’hôtel de Sens qui, désormais maudit, fut abandonné par la Reine pour une autre résidence.

Délaissé puis vendu à la Révolution, l’hôtel abrita diverses petites industries après avoir été longtemps messagerie de diligences. Très abîmé, il fut racheté en 1911 par la ville de Paris. Sa remarquable restauration prit de nombreuses années (de 1934 à 1960) et la façade sur jardin dut être quasiment reconstruite. Il abrite à présent la bibliothèque Forney, spécialisée dans les beaux-arts, les arts décoratifs et graphiques, l’artisanat  et l’histoire des  techniques.

Rue des Jardins-Saint-Paul

Rue des Jardins-Saint-Paul
Atget - 1899
(BNF)

Il est très difficile de comparer la rue des Jardins-Saint-Paul  telle qu'elle apparait sur la photo prise par Atget et celle que l'on voit de nos jours. La photo d'Atget montre une rue étroite bordée des deux côtés par des immeubles.

Aujourd'hui la rue est élargie, les immeubles sur la gauche, côté impair, ont été démolis. Et c’est la démolition en 1946 de ces immeubles devenus insalubres qui a fait apparaître un important tronçon de l'enceinte de Philippe-Auguste. A la place des immeubles détruits, on peut voir le terrain de sports aménagé au pied de la muraille et ceinturé d’une grille. La vue sur l’arrière de l’église Saint-Paul Saint-Louis est ainsi dégagée.
Un peu d'histoire pour mieux comprendre ...

Le nom de la rue ouverte au XIIIème siècle rappelle que des jardins sur lesquels la rue avait été ouverte aboutissaient jusqu'aux murs de l’enceinte de Philippe Auguste, bâtie il y a plus de 8 siècles (1190). La rue qui s’étendait de la rue de l’Ave-Maria à la rue Charlemagne suivait  à l’extérieur le tracé du rempart. Ce fragment de muraille, le plus important existant encore à Paris, a parfaitement été conservé. Car, servant de point d’appui solide, il fut intégré dans la construction du couvent des sœurs de l’Ave Maria puis plus tard servit de mur mitoyen entre le couvent et des immeubles d’habitation. Le petit lycée Charlemagne prit la place d’une partie du couvent démoli en 1868. Au tout début du XXème siècle, la muraille bien que cachée était connue grâce aux anciens plans. Et son côté externe réapparut lors de la démolition en 1946 des immeubles que l’on voit à gauche sur la photo prise par Atget.  Ce tronçon de la muraille, long de 60 mètres, et comportant deux tours, l’une au milieu de la rue et l’autre à l’angle de la rue Charlemagne, fut restauré en 1998 et un terrain de sport a  été aménagé à ses pieds. Pour avoir une idée du mur tel qu’il était au Moyen Age, il faut l’imaginer un peu plus haut et crénelé. 

  • Vue du côté externe de la muraille de Philippe Auguste en 2005
    (Photo Le Marais - Parigramme)

Rue du Prévôt

Rue du Prévôt
Atget - 1901
(Musée Carnavalet)

Cette rue, large de 3 mètres, a gardé son étroitesse  typique des rues du Moyen Age. La photo prise par Atget témoigne de l’aspect sombre que devaient présenter nombre de ruelles anciennes avant leur destruction par Haussmann.

Les encoignures à l’angle de la rue Charlemagne permettaient d’effacer l’angle droit de la rue et ainsi de faciliter  le passage  des voitures.

Le cloître des Billettes – 22, 24 rue des Archives

Cloître des Billettes
Atget - 1898
(Musée Carnavalet)

La légende dit qu’un prêteur sur gages juif, Jonathas, aurait profané une hostie, en 1290, le jour de Pâques. Après l’avoir percée d’un couteau d’où du sang aurait jailli, il l’aurait alors plongée dans un chaudron d’eau bouillante qui se métamorphosa en sang dont le flot s’échappa sous la porte de la maison. Les voisins  s’affolèrent et firent appel à la maréchaussée. Jonathas, arrêté, sera brûlé vif, ses biens et sa maison confisqués, sa femme Bélatine et ses enfants convertis.

Sur l’emplacement de la maison où « Dieu fut bouilli », un bourgeois de Paris, Rainier Flamingue, fit construire une chapelle qui fut confiée en 1299 par le roi Philippe le Bel aux Hospitaliers de la Charité Notre-Dame, venus de Champagne. On les surnomma Billettes, probablement parce qu’ils portaient un scapulaire en forme de billette, qui est une pièce d’armoirie. Au XIVème siècle, leur église continua à prendre de l’extension et le beau cloître, seul du Moyen Age à être conservé à Paris, fut construit après 1427. L’église, reconstruite sous Louis XV, fut affectée au culte luthérien par la Ville de Paris en 1812.  Avant de porter le nom de la rue des Archives, la vieille artère s’appela la rue « du Dieu bouilli » dont l’histoire circula sous plusieurs versions en Europe. L’accusation de profanations d’hosties contre les juifs a été un thème majeur de l’antisémitisme depuis le Moyen Age et perpétué pendant très longtemps. Ainsi par exemple, on peut la retrouver dans ces six scènes peintes par Paolo Ucello au XVème siècle sous le titre du miracle de l’hostie profanée, exposées à la Galerie nationale des Marches d’Urbino.

Hôtel de Clisson - 58, rue des Archives

Hôtel de Clisson
Atget - 1898
(BNF)

De la propriété d’Olivier de Clisson, nommé Connétable de France en 1380 après la mort de Du Guesclin, il subsiste la porte fortifiée, flanquée de deux tours en poivrière. Les deux médaillons gravés et la devise de Clisson « Pour ce qui me plet » ont été ajoutés au XIXème lors de la restauration des tourelles. Cette restauration permit de dégager les deux écussons peints que l’on peut voir sur le tympan du portail ; ils sont aux armes des Guise car l’hôtel fut racheté par le duc de Guise en 1553. Anne d’Este, mère d’Henri troisième duc de Guise dit le Balafré, décida de mettre la demeure au goût du jour et fit appel au Primatice, architecte et peintre italien, pour en faire  un palais fastueux.
L’hôtel devint pendant les guerres de religion le quartier général du parti catholique, d’où fut sans doute préparé la vengeance contre Coligny, soupçonné d’avoir été impliqué dans l’assassinat de  François de Guise, père du Balafré. Appelé par Catherine de Médicis dans la nuit du 24 août 1572 pour prendre la tête du massacre de la Saint Barthélémy, le duc de Guise put ainsi assouvir son désir de vengeance avec la défenestration de l’amiral.

Plus tard en 1700, François de Rohan, prince de Soubise, acheta l’hôtel qu’il fit complètement transformer en ne conservant que la porte fortifiée et la chapelle. L’architecte Delamair changea l’axe d’orientation de l’édifice dont l’immense cour d’honneur s’ouvre au 60, rue des Francs-Bourgeois.
Le magnifique hôtel de Soubise fut affecté aux Archives par Napoléon 1er en 1808 et, en 1867, Napoléon III y créa le musée de l’histoire de France afin d’exposer au public les documents des Archives les plus importants. La visite du musée des Archives Nationales donne également la possibilité d’admirer les superbes appartements de l’hôtel de Soubise conçus par Germain Boffrand.

3, rue Volta

Vieille maison et vieille boutique
3 rue Volta
Atget - 1901
(BNF)

Pendant très longtemps on a cru qu’il s’agissait de la plus vieille maison de Paris, jusqu’à ce que l’on retrouve  l’attestation d’un acte de vente de 1654. La plus ancienne maison de Paris est par conséquent celle de Nicolas Flamel, rue de Montmorency, que nous irons voir juste après. Qu’elle soit du XVIIème siècle et non comme on le pensait du XIVème, elle est incontestablement de structure médiévale avec sa façade à colombages et son rez-de-chaussée en pierre.

Si la rue n’abrite plus la vieille maison de Paris, elle abrite avec sa voisine la rue au Maire le plus vieux quartier asiatique de Paris… Quelque cent mille Chinois venus majoritairement de la ville de Wenzhou vinrent travailler en France pendant la première guerre Mondiale afin de remplacer les hommes partis au front. Beaucoup restèrent et s’installèrent dans ce quartier du Marais qui se compose aujourd’hui essentiellement de commerces et de restaurants asiatiques.

51, rue de Montmorency

Maison de
Nicolas Flamel
Atget - 1902
(BNF)

C’est donc la plus vieille maison de Paris  … et auréolée de mystère car longtemps considérée comme magique.
Nicolas Flamel, enlumineur et universitaire de renom, à qui l’on prêtait également des dons d’alchimiste, l’a fait construire en 1407. Elle est  entièrement en pierre, ce qui était rare au Moyen Age car seules les personnes fortunées en avaient les moyens. C’est la brusque fortune de Flamel, jusqu’alors libraire besogneux qui fit énormément jaser. La rumeur courut qu’il avait obtenu la pierre philosophale, lui permettant de « faire de l’or ».
Une explication plus prosaïque pourrait être avancée cependant : les juifs pourchassés lors de la révolte des Maillotins - ces bourgeois qui tuèrent à coups de maillet de plomb  gens du fisc et juifs -  auraient confié leur fortune à Nicolas Flamel qui aurait fait alors des placements avantageux et gardé pour  lui  une part des bénéfices…

La frise et les décorations des piliers sont une restauration fidèle de celle effectuée en 1900. Sous la corniche est gravée en caractères gothiques, une longue inscription avec la date de construction de la maison  destinée à servir de refuge aux pauvres avec pour toute obligation cette prière à Dieu matin et soir pour le salut des trépassés :

«  Nous hommes et femmes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fit faicte en l'an de grâce mil quatre cens et sept sommes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une patenostre et l'Ave Maria en priant Dieu que de la grâce face pardon aux povres pécheurs trépassez. Amen »

Le Prieuré de Saint-Martin-des-Champs

Le clocher de l'église avant la restauration en 1913
Atget
(Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts)

C’est une des plus vieilles églises de Paris, injustement  méconnue. Le chevet, de facture romane, date du XIIème siècle. La tour crénelée, construite en 1273, que l’on peut voir un peu plus loin, à l’angle de la rue du Vert Bois et de la rue Saint-Martin, est un reste de l’immense enceinte du prieuré et se trouve dans la continuité du fort intéressant musée des Arts et Métiers, fondé en 1794. On y trouve une très riche collection qui comprend l’avion de Blériot, le pendule de Foucault, la machine à calculer de Pascal, la première caméra des frères Lumières, le métier à tisser de Jacquard, le plâtre original de la statue de la Liberté, pour ne citer que quelques-uns des objets et thèmes techniques et scientifiques qui y sont exposés.   

Tous droits réservés - Année 2016 - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes