Promenade dans l'Ile Saint-Louis

Comme pour toute île, avant d’en faire le tour, il convient de l’admirer de loin. Nous la contemplerons tout d’abord du quai des Célestins, avant de nous engager sur le pont Sully. Du pont, nous porterons nos regards sur le petit square Barye qui occupe la pointe de l’île complètement mise à l’écart par le flot de circulation ; puis nous longerons la courbe du quai d’Anjou qui tel un écrin abrite les Hôtels Lambert et de Lauzun et poursuivrons  la promenade par les quais de Bourbon, d’Orléans et de Béthune. Au fil de cette promenade, nous nous engagerons dans les quelques rues de l’île, puis  dans la rue Saint-Louis en l’Ile, où nous pourrons visiter  l’église Saint-Louis.  

Nous nous arrêterons en particulier :

  •          Quai des Célestins pour admirer l’Ile Saint-Louis, La Seine et le pont Marie
  •          Quai d’Anjou :
             Hôtel Lambert, 1 quai d’Anjou
             Hôtel de Thorigny, 11 quai d’Anjou
             Hôtel de Lauzun, 17 quai d’Anjou
  •          Quai de Bourbon :
             Au Franc Pinot, 1 quai de Bourbon      
             Hôtel de Jassaud, angle du quai de bourbon et de la rue Regrattier
             Hôtel Le Charron, 15 quai de Bourbon        
  •         12, quai d’Orléans
  •         Rue de Bretonvilliers
  •         Rue Saint-Louis en l’Ile
  •         8, rue Poulletier
  • L’île Saint-Louis depuis le quai des Célestins
    1921 Atget
    (Musée Carnavalet)

Du Quai des Célestins

Ce quartier flottant sur la Seine, dont les élégantes façades se dessinent derrière le rideau vert tendre des peupliers trembles, a été bâti tardivement sous le règne de Louis XIII. L’île Notre-Dame, ce fut son nom jusqu’en 1726, puisqu’elle appartenait à la cathédrale de Paris fut longtemps une île déserte, longtemps submergée par les crues de la Seine, seulement  hérissée de quelques roseaux.

Avant de devenir « île au trésors », elle fut ainsi plus bucoliquement un lieu de pâturages, d’où le nom d’île aux Vaches donné au deuxième îlot séparé de l’île Notre Dame par un large fossé. Ce canal qui avait pour vocation d’assurer la protection de la tour de gué Loriot, deviendra plus tard la rue Poulletier. Cet îlot n’était guère fréquenté que par des lavandières et des pêcheurs jusqu’à sa construction. Son aménagement tardif lui a conféré une parfaite harmonie architecturale et un aménagement de rues en damiers, assez unique pour Paris. Bien que l’île ait certes connu quelques  amputations et quelques changements de rues, elle reste toutefois un vestige quasi intact du Paris de l’époque Louis XIII. Elle a aussi pu résister à la vague de démolition sous Haussmann qui, en voulant éradiquer la vétusté malsaine des vieilles habitations de sa voisine l’Ile de la Cité, a détruit les anciennes  bâtisses et l’enchevêtrement des vieilles ruelles moyenâgeuses. C’est entre 1614 et 1643 que l’entrepreneur Christophe Marie, chargé de son aménagement, va procéder à la fusion des deux îlots, à la construction des quais et de deux ponts, à la réalisation d’un plan régulier de rues pavées et à l’édification de luxueux hôtels particuliers sur une même élégante unité de  style.
Du quai des Célestins, on peut admirer les façades, cachées en partie par le rideau des arbres qui semble accentuer leur allure un peu hautaine et précieuse tel un écrin renfermant des splendeurs réservées seulement à quelques privilégiés.

  • La Seine et le pont Marie
    1921 Atget
    (Musée Carnavalet)

La Seine et le Pont-Marie

Le  Pont Marie, photographié ici depuis le quai des Célestins, avant de nous engager sur le pont Sully est un pont en pierre de taille commencé en 1614 et terminé vers 1630.
Son nom n’est pas un hommage à la mère de Louis XIII ou à la cathédrale toute proche, mais simplement à son constructeur Christophe Marie. Inauguré par Louis XIII, alors âgé de treize ans, il est le deuxième plus vieux pont de Paris après le Pont-Neuf. A sa création, cinquante maisons uniformes occupées par divers artisans s’élevaient sur le pont. Vingt maisons disparurent avec l’effondrement des deux dernières arches emportées par une crue de la Seine en mars 1658.
Bulle de passé à la surface de l’onde tranquille, l’Île Saint-Louis d’Eugène Atget comme l’écrit Frédéric Vitoux dans Mes îles Saint-Louis, « est un rêve immobile, relevant aujourd’hui du vertigineux ».  

Poursuivons la promenade jusqu’au pont Sully, avant de rejoindre le quai d’Anjou.
Atget a  parfaitement capté les miroitements métalliques de la Seine, vert ruban qui enserre l’île cachée à la belle saison par  les peupliers trembles.
L’île est accessible par cinq ponts : à sa pointe Est par le pont Sully, d’où est prise la photo. En provenance de l'Ile de la Cité, à sa pointe Ouest par le pont Saint-Louis. Si vous venez de la rive droite, par les ponts Marie et Louis-Philippe. Si vous venez de la rive gauche, par le pont de la Tournelle.
Le quai d’Anjou qui s’étend du pont Sully au pont Marie est exposé au nord et par conséquent toujours un peu froid. Mais  c’est sur ce quai que nous allons découvrir quelques-uns des plus beaux trésors de l’île que sont les fastueux  hôtels Lambert et de Lauzun.
Avant de nous y engager, nous pouvons sinon faire une halte, tout du moins jeter un œil au petit square Barye dédié au peintre animalier, terrain minuscule et isolé résultant de la construction du pont de Sully qui traverse  la pointe orientale de l’île. Ce n’est pas la plus grave mutilation qu’engendra l’établissement du pont Sully en 1876. Une amputation plus sévère fut décidée en 1874 avec la destruction de l’hôtel Bretonvilliers quai de Béthune, dont le faste, peut-on lire, écrasait l’hôtel Lambert. Dessiné en 1637 par Jean Androuet du Cerceau, il avait les proportions d’un château agrémenté d’une immense terrasse surplombant la Seine.  Cette belle échappée sur le fleuve peut encore être appréciée en empruntant la descente sur la berge en contrebas du square.

Par ce matin où dansent des bulles d’or
Comme en un gai petit vin de Touraine,
 Ile Saint-Louis, ma belle vieille, traîne
 Ces longs voiles et ces mantilles
 Qu’autour de toi tisse l’aurore


Roger Dévigne, auteur de ces vers, fut aussi le créateur en 1924 de la revue Sémaphore, journal de l’éphémère République de l’île Saint-Louis dont la  constitution  était  calquée sur celle de Venise, la Sérénissime.

Hôtel Lambert - 1, quai d’Anjou                                                 Hôtel Lambert en 2012 avant l'incendie
1898 Atget
(Mission du Patrimoine Photographique)

Hôtel Lambert - Quai d'Anjou

Hôtel Lambert
Septembre 2012
avant l’incendie

Riche parvenu, Jean-Baptiste Lambert, surintendant des Finances sous Louis XIII, fit réaliser en 1644 une des plus belles habitations privées de son temps en faisant appel aux meilleurs artistes de son époque, notamment  Le Vau pour l’architecture,  Le Sueur et Lebrun pour la décoration intérieure.

Les journaux ont amplement parlé ces dernières années de cette beauté menacée, en particulier à propos des vastes travaux de  rénovation fort controversés entrepris par  son dernier propriétaire, le frère de l’émir du Qatar. Beaucoup se sont émus notamment de l’apparition d’imposants pots à feu à la crête du toit et de fausses fenêtres sur la façade de la rue Saint-Louis en l’Ile. Mais l’émotion a été à son comble en juillet 2013, lorsqu’un incendie ayant pris sous les combles a ravagé une partie de l’hôtel, en faisant disparaître le cabinet des Bains réalisé par Eustache Le Sueur.
Ce cabinet, constitué d’une pièce et situé au deuxième étage, aurait été, dit-on sans preuve formelle, l’appartement de Voltaire lorsque sa maîtresse, la marquise du Châtelet fit l’acquisition de l’hôtel Lambert.

Porte, 5 quai d'Anjou
Atget
(Musée Carnavalet)

Hôtel de Marigny

Après l’hôtel Lambert, la promenade se poursuit quai d’Anjou le long d’un décor impénétrable de pierre. Nous passons devant l'hôtel de Marigny au n°5 construit en 1633 et qui appartint plus tard au marquis Poisson de Marigny, frère de Madame de Pompadour. Puis devant l'hôtel Thorigny qui appartint à Louis Lambert de Thorigny, frère de Jean-Baptiste Lambert dont il herita de l'hôtel Lambert. Il se fit construire les bâtiments du numéro 9 au 15 quai d’Anjou. Il faut dire que sa charge de Président à la Chambre des Comptes lui permit d’amasser une grande fortune, il posséda ainsi plus de quatorze maisons dans l’île …