Ile Saint-Louis

Comme pour toute île, avant d’en faire le tour, il convient de l’admirer de loin. Nous la contemplerons tout d’abord du quai des Célestins, avant de nous engager sur le pont Sully. Du pont, nous porterons nos regards sur le petit square Barye qui occupe la pointe de l’île complètement mise à l’écart par le flot de circulation ; puis nous longerons la courbe du quai d’Anjou qui tel un écrin abrite les Hôtels Lambert et de Lauzun et poursuivrons  la promenade par les quais de Bourbon, d’Orléans et de Béthune. Au fil de cette promenade, nous nous engagerons dans les quelques rues de l’île, puis  dans la rue Saint-Louis en l’Ile, où nous pourrons visiter  l’église Saint-Louis.  

Nous nous arrêterons en particulier :

  •          Quai des Célestins pour admirer l’Ile Saint-Louis, La Seine et le pont Marie
  •          Quai d’Anjou :
             Hôtel Lambert, 1 quai d’Anjou
             Hôtel de Thorigny, 11 quai d’Anjou
             Hôtel de Lauzun, 17 quai d’Anjou
  •          Quai de Bourbon :
             Au Franc Pinot, 1 quai de Bourbon      
             Hôtel de Jassaud, angle du quai de bourbon et de la rue Regrattier
             Hôtel Le Charron, 15 quai de Bourbon        
  •         12, quai d’Orléans
  •         Rue de Bretonvilliers
  •         Rue Saint-Louis en l’Ile
  •         8, rue Poulletier

Du Quai des Célestins

Ce quartier flottant sur la Seine, dont les élégantes façades se dessinent derrière le rideau vert tendre des peupliers trembles, a été bâti tardivement sous le règne de Louis XIII. L’île Notre-Dame, ce fut son nom jusqu’en 1726, puisqu’elle appartenait à la cathédrale de Paris fut longtemps une île déserte, longtemps submergée par les crues de la Seine, seulement  hérissée de quelques roseaux.

Avant de devenir « île au trésors », elle fut ainsi plus bucoliquement un lieu de pâturages, d’où le nom d’île aux Vaches donné au deuxième îlot séparé de l’île Notre Dame par un large fossé. Ce canal qui avait pour vocation d’assurer la protection de la tour de gué Loriot, deviendra plus tard la rue Poulletier. Cet îlot n’était guère fréquenté que par des lavandières et des pêcheurs jusqu’à sa construction. Son aménagement tardif lui a conféré une parfaite harmonie architecturale et un aménagement de rues en damiers, assez unique pour Paris. Bien que l’île ait certes connu quelques  amputations et quelques changements de rues, elle reste toutefois un vestige quasi intact du Paris de l’époque Louis XIII. Elle a aussi pu résister à la vague de démolition sous Haussmann qui, en voulant éradiquer la vétusté malsaine des vieilles habitations de sa voisine l’Ile de la Cité, a détruit les anciennes  bâtisses et l’enchevêtrement des vieilles ruelles moyenâgeuses. C’est entre 1614 et 1643 que l’entrepreneur Christophe Marie, chargé de son aménagement, va procéder à la fusion des deux îlots, à la construction des quais et de deux ponts, à la réalisation d’un plan régulier de rues pavées et à l’édification de luxueux hôtels particuliers sur une même élégante unité de  style.
Du quai des Célestins, on peut admirer les façades, cachées en partie par le rideau des arbres qui semble accentuer leur allure un peu hautaine et précieuse tel un écrin renfermant des splendeurs réservées seulement à quelques privilégiés.

  • L’île Saint-Louis depuis le quai des Célestins
    1921 Atget
    (Musée Carnavalet)

La Seine et le Pont-Marie

Le  Pont Marie, photographié ici depuis le quai des Célestins, avant de nous engager sur le pont Sully est un pont en pierre de taille commencé en 1614 et terminé vers 1630.
Son nom n’est pas un hommage à la mère de Louis XIII ou à la cathédrale toute proche, mais simplement à son constructeur Christophe Marie. Inauguré par Louis XIII, alors âgé de treize ans, il est le deuxième plus vieux pont de Paris après le Pont-Neuf. A sa création, cinquante maisons uniformes occupées par divers artisans s’élevaient sur le pont. Vingt maisons disparurent avec l’effondrement des deux dernières arches emportées par une crue de la Seine en mars 1658.
Bulle de passé à la surface de l’onde tranquille, l’Île Saint-Louis d’Eugène Atget comme l’écrit Frédéric Vitoux dans Mes îles Saint-Louis, « est un rêve immobile, relevant aujourd’hui du vertigineux ».  

  • La Seine et le pont Marie
    1921 Atget
    (Musée Carnavalet)

Poursuivons la promenade jusqu’au pont Sully, avant de rejoindre le quai d’Anjou.
Atget a  parfaitement capté les miroitements métalliques de la Seine, vert ruban qui enserre l’île cachée à la belle saison par  les peupliers trembles.
L’île est accessible par cinq ponts : à sa pointe Est par le pont Sully, d’où est prise la photo. En provenance de l'Ile de la Cité, à sa pointe Ouest par le pont Saint-Louis. Si vous venez de la rive droite, par les ponts Marie et Louis-Philippe. Si vous venez de la rive gauche, par le pont de la Tournelle.
Le quai d’Anjou qui s’étend du pont Sully au pont Marie est exposé au nord et par conséquent toujours un peu froid. Mais  c’est sur ce quai que nous allons découvrir quelques-uns des plus beaux trésors de l’île que sont les fastueux  hôtels Lambert et de Lauzun.
Avant de nous y engager, nous pouvons sinon faire une halte, tout du moins jeter un œil au petit square Barye dédié au peintre animalier, terrain minuscule et isolé résultant de la construction du pont de Sully qui traverse  la pointe orientale de l’île. Ce n’est pas la plus grave mutilation qu’engendra l’établissement du pont Sully en 1876. Une amputation plus sévère fut décidée en 1874 avec la destruction de l’hôtel Bretonvilliers quai de Béthune, dont le faste, peut-on lire, écrasait l’hôtel Lambert. Dessiné en 1637 par Jean Androuet du Cerceau, il avait les proportions d’un château agrémenté d’une immense terrasse surplombant la Seine.  Cette belle échappée sur le fleuve peut encore être appréciée en empruntant la descente sur la berge en contrebas du square.

Par ce matin où dansent des bulles d’or
Comme en un gai petit vin de Touraine,
 Ile Saint-Louis, ma belle vieille, traîne
 Ces longs voiles et ces mantilles
 Qu’autour de toi tisse l’aurore


Roger Dévigne, auteur de ces vers, fut aussi le créateur en 1924 de la revue Sémaphore, journal de l’éphémère République de l’île Saint-Louis dont la  constitution  était  calquée sur celle de Venise, la Sérénissime.

Hôtel Lambert - Quai d'Anjou

Hôtel Lambert
Septembre 2012
avant l’incendie

Riche parvenu, Jean-Baptiste Lambert, surintendant des Finances sous Louis XIII, fit réaliser en 1644 une des plus belles habitations privées de son temps en faisant appel aux meilleurs artistes de son époque, notamment  Le Vau pour l’architecture,  Le Sueur et Lebrun pour la décoration intérieure.

Les journaux ont amplement parlé ces dernières années de cette beauté menacée, en particulier à propos des vastes travaux de  rénovation fort controversés entrepris par  son dernier propriétaire, le frère de l’émir du Qatar. Beaucoup se sont émus notamment de l’apparition d’imposants pots à feu à la crête du toit et de fausses fenêtres sur la façade de la rue Saint-Louis en l’Ile. Mais l’émotion a été à son comble en juillet 2013, lorsqu’un incendie ayant pris sous les combles a ravagé une partie de l’hôtel, en faisant disparaître le cabinet des Bains réalisé par Eustache Le Sueur.
Ce cabinet, constitué d’une pièce et situé au deuxième étage, aurait été, dit-on sans preuve formelle, l’appartement de Voltaire lorsque sa maîtresse, la marquise du Châtelet fit l’acquisition de l’hôtel Lambert.

  • Hôtel Lambert - 1, quai d’Anjou
    Atget - 1898
    (Mission du Patrimoine Photographique)

Hôtel de Marigny

Hôtel de Thorigny
11, quai d’Anjou
1902 Atget

Après l’hôtel Lambert, la promenade se poursuit quai d’Anjou le long d’un décor impénétrable de pierre. Nous passons devant l'hôtel de Marigny au n°5 construit en 1633 et qui appartint plus tard au marquis Poisson de Marigny, frère de Madame de Pompadour. Puis devant l'hôtel Thorigny qui appartint à Louis Lambert de Thorigny, frère de Jean-Baptiste Lambert dont il herita de l'hôtel Lambert. Il se fit construire les bâtiments du numéro 9 au 15 quai d’Anjou. Il faut dire que sa charge de Président à la Chambre des Comptes lui permit d’amasser une grande fortune, il posséda ainsi plus de quatorze maisons dans l’île …

  • Porte, 5 quai d'Anjou
    Atget
    (Musée Carnavalet)

Hôtel Lauzun

Hôtel Lauzun - 17, quai d'Anjou - Cliquez sur le lien pour l'historique de l'hôtel et les visites

Les regards sont immédiatement attirés par l’admirable balcon en fer forgé qui ondule majestueusement sur ses trois consoles de pierre. C’est en 1910 que furent ajoutées les élégantes conduites en fonte ornées de dauphins.  

A l’époque d’Atget, la façade de l’hôtel Lauzun, appelé aussi hôtel Pimodan par les gens de lettres, semble bien sombre et l’on imagine aisément le fantôme de Baudelaire,  dans sa mansarde, au dernier étage de l’hôtel, derrière « les persiennes, abri des secrètes luxures, s’exerçant seul à sa fantasque escrime, flairant dans tous les coins les hasards de la rime ».
 (Le Soleil – Les Fleurs du Mal)

C’est dans cet hôtel que le jeune Baudelaire fit ses débuts littéraires et écrivit un grand nombre des Fleurs du Mal. C’est là aussi qu’il s’initia aux « Paradis artificiels » avec Théophile Gautier, Balzac, Delacroix et Daumier, en participant aux séances du « club des Haschischins » dans l’atelier du peintre Fernand Boissard. Cependant dans le Poème du haschisch où il décrit si bien la composition et les différents effets de la confiture verte, il y montre aussi la méfiance qu’il en éprouve: « j’avouerai que les poisons excitants me semblent non seulement un des plus terribles et des plus sûrs moyens dont dispose l’Esprit des Ténèbres pour enrôler et asservir la déplorable humanité, mais même une de ses incorporations les plus parfaites. »

Jeanne Duval, sa muse,  loge à proximité, au 6 rue Le Regrattier et partage sa vie de bohème :

Volupté, sois toujours ma reine !
Prends le masque d'une sirène
Faite de chair et de velours,

Ou verse-moi tes sommeils lourds
Dans le vin informe et mystique,
Volupté, fantôme élastique !

La prière d’un païen – Les fleurs du Mal

  • Hôtel Lauzun
    17, quai d’Anjou
    Atget - 1900
    (Musée Carnavalet)

Quai d'Anjou

Retournons-nous pour admirer le quai d'Anjou avant de rejoindre le quai de Bourbon. 

Le quai d’Anjou superbement saisi sur les plaques d’Atget est désert.
La douceur sereine qui s’en dégage est immuable. Cette même douceur baigne encore aujourd’hui les façades bien alignées des  maisons, où le même peuplier vient y projeter l’ombre de sa frondaison.
Mais certains détails nous font réaliser que l’authenticité pittoresque du lieu immortalisé par le photographe est définitivement abolie.
Ainsi, à gauche sur la photo, l’alignement des bateaux-lavoirs, depuis longtemps disparus, nous rappelle qu’autrefois, il fallait se contenter de laver son linge à la rivière ou à la fontaine. Au XIXème et encore au début du XXème, les lavoirs publics mais payants permettaient encore  aux blanchisseuses professionnelles et aux ménagères de laver leur linge. Les derniers disparaîtront dans les années 1960, remplacés par le confort moderne et par les laveries automatiques.
Les deux petites silhouettes de pêcheurs, en bas à gauche au pied de l’arbre, seules âmes du quai désert, renvoient aussi à un passé révolu.
Enfin, cette petite pissotière qui jette une curieuse ombre presque incongrue au centre de la photo prise par Atget appartient aussi au passé.

Aujourd’hui,  c’est un lieu toujours tranquille, à peine troublé par  quelques groupes de visiteurs qui sous la houlette d’un guide admirent dans un silence recueilli les façades des fastueux hôtels particuliers.

  • Quai d’Anjou 1902 - Atget
    (Bibliothèque Nationale)

Quai de Bourbon

Alors que le quai d’Anjou est celui des hôtels particuliers au luxe somptueux, le quai de Bourbon est d’une opulence plus austère. Les hôtels Le Charron et Jassaud semblent bien mesurés en comparaison des hôtels Lambert et de Lauzun.  
Son quai droit et tranquille débouche sur la pointe ouest de l’île d’où affluent les touristes et autres gourmands à la recherche de glaces Berthillon. Toujours un peu froid et privé de soleil, il semble plus guindé et distant du temps d’Atget, à l’instar des gens de loi qui l’habitèrent autrefois.  

Au Franc Pinot - 1, quai de Bourbon

Boutique Louis XVI
3, quai de Bourbon
Atget - vers 1900
(BnF)

Autrefois, les cabarets étaient des établissements où l’on vendait le vin en pot et au tonneau ; ces commerces protégés par des grilles étaient  aisément identifiables par une enseigne.

De nos jours, restaurant après avoir été club de jazz, cet établissement du XVIIème siècle a gardé sa grille classée, où vient s’entrelacer un pampre doré et son imposte ornée d’une belle grappe de pinot en fer forgé. On l’imagine bien à l’époque de sa création, avec sa clientèle attitrée de mariniers s’y arrêtant pour prendre un pichet de beaujolais.

Sous la Régence, en 1716, il fut fermé après que la police y eut découvert dans sa cave tout un paquet de pamphlets intitulés : les amours de M. le duc d’Orléans, régent de France. Petit-fils de Louis XIII et neveu de Louis XIV, Philippe d’Orléans était connu pour sa vie dissolue. Ainsi il était dit que les petits soupers qu’il organisait dans sa résidence du Palais-Royal tournaient toujours à l’orgie. 

Juste à côté au 3, quai de Bourbon se trouvait une très jolie devanture réalisée vers 1775. Sur la photo prise par Eugène Atget vers 1900, on peut en admirer l' élégance qui contraste avec le commerce plus prosaïque d'une quincaillerie. Au début de l'année 1916, la boutique fut démolie et sa devanture acquise par un antiquaire qui la vendit à Jack Pierpont Morgan Junior, financier et collectionneur américain. On peut aujourd'hui la voir au New York Metropolitan Museum of Art.

  • Quai de Bourbon
    Atget - 1924
    (Bibliothèque Nationale)

  • Au Franc Pinot
    Quai de Bourbon
    Atget - 1903
    (Bibliothèque Nationale)

Hôtel de Jassaud, angle du quai de Bourbon et de la rue Le Régrattier

Hôtel de Jassaud,
à l’angle du quai de Bourbon et de la rue Le Regrattier
"La femme sans tête"
Atget
(Bibliothèque Nationale)

En fait la statue n'est pas celle d’une femme mais celle mutilée de Saint-Nicolas !

Le propriétaire du vaste hôtel particulier bâti à l'angle du quai de Bourbon et de la rue Le Regrattier, était Nicolas Jassaud, ancien secrétaire de Louis XIV. Le magistrat avait installé à l'encoignure de sa maison une statue de Saint-Nicolas, son patron et celui de la confrérie des mariniers dont il était le dignitaire. La statue a été très certainement mutilée sous la Révolution.
Oui, mais alors d’où vient le nom de la rue de la Femme-sans-Teste dont on peut encore lire l’inscription gravée dans la pierre, juste au-dessous de la statue ?
Il y avait autrefois une taverne dont l’enseigne représentait une femme sans tête, tenant un pichet à la main,  ce qui signifiait qu’elle n’avait pas sa tête, sinon elle n’aurait pas pu supporter un ivrogne de mari ! Cette partie de la rue garda longtemps le nom donné par l’enseigne de la taverne sans relation avec la statue …

Hôtel Le Charron, 15 quai de Bourbon

Construit en 1637 par Sébastien Bruand pour Le Charron,  intendant des Finances, l’opulence de cet hôtel semble  cependant plus sage et plus mesurée que celle de ses somptueux voisins Lambert et de Lauzun. Admirer la porte cloutée avec mascaron et regretter de ne pas pouvoir voir la cour qui passe pour être très belle.

  • Hôtel Le Charron
    15 quai de Bourbon
    Atget - 1914
    (Bibliothèque Nationale)

  • Hôtel Le Charron
    15 quai de Bourbon
    Atget - 1907/1908

12, quai d'Orléans

12, quai d’Orléans
Maison où est né Arvers
Atget - 1907/1908 Atget
(Bibliothèque Nationale)

Qui ne de nos jours n’aimerait habiter quai d’Orléans ?
Difficile de comprendre les personnages de l’entourage de Swann qui trouvaient fort dégradant d’y vivre …
Que ce soit Odette, qui ne « comprenait pas que Swann habitât l’hôtel du quai d’Orléans, que sans oser le lui avouer, elle trouvait indigne de lui »
ou que ce soit la parente de Marcel Proust qui rêvait de visiter le vieil hôtel dans lequel Swann entassait ses collections, mais qui « était situé quai d’Orléans, quartier que ma grand-tante trouvait infâmant d’habiter. »
(Du côté de chez Swann –
Marcel Proust.)

C’est dans cet hôtel situé au 12, dont la façade est élégamment soulignée d’un balcon à doubles courbures que le  poète et dramaturge Félix Arvers est né en 1806, célèbre en son temps et complètement oublié de nos jours … Cet auteur romantique a notamment écrit un sonnet adressé à une femme aimée en secret, qui aurait été Marie Nodier-Mennessier, fille de l’académicien Charles Nodier.

 Mon âme a son secret, ma vie a son mystère :
Un amour éternel en un moment conçu ;
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.
Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés et pourtant solitaire ;
Et j'aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.
Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Le murmure d'amour élevé sur ses pas.
A l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :
"Quelle est donc cette femme ? " et ne comprendra pas !

Rue de Bretonvilliers

De ce qui fut dit-on le plus bel hôtel de l’île, il ne nous reste que des dépendances et une arcade surmontée d’une maison à trois étages, qui enjambe la rue de Bretonvilliers, seuls vestiges après la destruction à la fin du XIXème siècle de l’hôtel Bretonvilliers. Sa façade s’ouvrait sur la rue qui a gardé son nom et ses jardins s’étendaient jusqu’à la pointe de l’île. Construit en 1640 par Jean du Cerceau pour le financier Claude Le Ragois de Bretonvilliers, il avait été décoré par les plus grands peintres de l’époque, tels que Mignard et Poussin. Morcelé sous la Révolution, sa démolition entreprise à partir de 1840, fut achevée avec la construction du pont Sully en 1874 et le percement du boulevard Henri IV.

  • Rue de Bretonvilliers
    Atget - 1900
    ((Musée Carnavalet)

Rue Saint-Louis en l'île

Nous avons maintenant rejoint la rue de l'île Saint-Louis-en-l'île en passant sous l'arcade du pavillon de Bretonvilliers ...

La perspective de la rue est ponctuée du clocher à jour, dit clocher polonais, et d’une horloge en fer accrochée en surplomb à la façon des enseignes d’autrefois.
Le nom de Saint-Louis fut donné à l’île entière en juillet 1726, à l’occasion de la consécration de son église, bâtie sur une ancienne chapelle élevée un siècle auparavant. Elle est toute cachée au sein de l’île. Seule sa façade d’apparence modeste est visible de la rue. C’est donc presque avec surprise que l’on y découvre sa large nef voûtée en berceau  et sa vaste coupole, où nous sommes transportés dans un autre monde silencieux très loin des cohortes de touristes qui lui préfèrent les  vitrines des nombreuses boutiques et les  glaces Berthillon.
Un catéchumène tristement célèbre  y fut enfant de chœur : Landru !

  • Rue Saint-Louis-en-l’île
    Atget - 1924
    (Mission du Patrimoine photographique)

Rue Poulletier

Cette vieille maison à la porte monumentale  a été construite en 1637. La rue Poulletier occupe l’emplacement du fossé qui séparait autrefois l’île aux Vaches de l’île Notre Dame et qui était sur le tracé de l’enceinte de Philippe Auguste, dans l’alignement des deux tours Barbeau et de la Tournelle.
Sans fortune, le fondateur de l’Ile Saint-Louis, Christophe Marie, dut faire appel au financement du banquier Lugles Le Poulletier et de François le Regrattier avec lesquels il s’associa. Cette association ne fut pas sans difficulté et de nombreux procès entre eux et avec les propriétaires de l’île vinrent entraver la bonne progression des travaux. Marie aura assez vécu cependant pour voir la réalisation de l’œuvre dont il fut l’instigateur, mais il mourra cependant pauvre et sans avoir même pu se garder un logement au milieu des  splendides demeures de l’île.   

Revenons sur nos pas pour reprendre la rue de l'île-Saint-Louis-en-l'île où s'achève notre promenade ...

  • 8, rue Poulletier
    1913 Atget
    (Mission du Patrimoine photographique)

Tous droits réservés - Année 2016 - Auteur texte et photos Paris d'aujourd'hui : Martine Combes